DEBAT : pourquoi Google n’intègre pas le port MicroSD dans sa gamme Nexus ?

Maj. le 29 septembre 2018 à 0 h 07 min

C’est un des nombreux points que nous avons pu voir en commentaires sur notre article au sujet de la gamme Nexus. Le port MicroSD n’est pas là, les consommateurs sont mécontents.

Google a donc tenu à s’expliquer de manière rationnelle à ses lecteurs de Reddit et à choisi de répondre à une série de questions parmi les plus pertinentes. Vous vous doutez que l’original est en anglais, mais Phonandroid est là pour vous le traduire, comme à son habitude. Ce jeu de questions/réponses date de l’année dernière (quasiment jour pour jour), mais je rajouterai quelques petites choses qui datent d’hier en fin d’article qui étayerons ce que Google pense depuis pas mal de temps déjà et que de nombreux lecteurs ne savent sans doute pas.

Pourquoi Google n’intègre pas le port MicroSD dans sa gamme Nexus ?

Une sorte de flash-back pour mieux comprendre le point de vue de la firme aujourd’hui et surtout pour vous, fidèles lecteurs, afin de vous éclaircir sur le pourquoi du comment et peut-être apaiser votre colère.

18 Novembre 2011, Dan Morill s’exprime sur le port MicroSD.

Le Samsung Galaxy Nexus ne possède pas de port MicroSD. A la suite de cette annonce qui fuse sur la toile tel un coup de fouet dans le dos de Google, les utilisateurs ont crié à l’abus, au non-sens et les protestations ont fait couler de l’encre. Beaucoup d’encre. Parce que avoir un stockage amovible (que l’on peut enlever et donc déplacer à volonté) est un des critères majeurs avant l’achat d’un smartphone ou d’une tablette. Ce choix explique en partie les faibles ventes (qui restent tout de même excellentes) du Galaxy Nexus. A cela s’ajoute un espace de stockage faiblard à l’heure où celui-ci devient de plus important (écrans HD qui impliquent la possibilité de regarder des films… HD, applications qui s’adaptent aux écrans HD et deviennent donc plus gourmandes,…). L’espace de stockage commence à devenir obsolète à 8Go. Les constructeurs peinant à proposer 64Go de mémoire ou 32 Go minimum sur leurs terminaux.

 

Aujourd’hui, un an après la situation n’a malheureusement pas bougée. Le LG Nexus 4 se voit proposé à partir de 8Go. Un comble pour un écran HD. A savoir qu’un bon film en HD pèse entre 4 et 6Go. Pas de quoi faire des miracles. Un film en Full HD fait environ 13Go. Tout est dit. Le port MicroSD aurait pu combler cette lacune, un support allant jusqu’à 64Go (MicroSDXC) étant largement suffisant (une classe 6 suffit à la lecture de la HD). Il en va de même pour les jeux, les meilleurs d’entre eux font un peu plus de 1Go. Cela vous fait 6 jeux d’installés sur le smartphone (car l’espace de stockage sur papier est toujours supérieur à l’espace réel). Troublants ?

Pas plus que cela. En Novembre 2011, Dan Morill (Ingénieur Android) s’est prêté à ce fameux Q/R avec des consommateurs sur Reddit. Voici l’intégralité des questions posées ainsi que leurs réponses, en français :

Whoa, whoa. ICS ne supporte pas le stockage de masse USB ?

Ice Cream Sandwich est bien compatible avec le Stockage de masse USB  [UMS en anglais. NDR]. Cependant il ne fonctionne pas sur le Galaxy Nexus. C’est le même scénario qu’avec Honeycomb : il supporte l’ UMS alors que la tablette Xoom non.

Si un périphérique possède une carte SD amovible il soutiendra le stockage de masse USB. S’il n’a qu’un stockage interne d’intégré (comme Xoom et Galaxy Nexus) il ne supportera (normalement) que le MTP et le PTP. [Le MTP (Media Transfer Protocol) permet à des appareils de communiquer entre eux. C’est ce qu’il se passe lorsque vous branchez le stockage de masse au PC. Il ne permet cependant pas la modification de fichiers. Le MTP est effectif sur Android depuis la version 3.1. Le PTP (Picture Transfer Protocol est une alternative à l’UMS et permet le transfert d’images sur un PC. NDR].

Il est physiquement impossible de soutenir l’UMS sur les appareils qui n’ont pas une partition dédiée au stockage (comme une carte SD amovible, ou une partition séparée comme sur le Nexus S.) La raison est que l’UMS est un protocole de « block-level » qui donne directement accès au PC hôte aux blocs physiques du stockage, de sorte qu’Android ne peut pas être monté en même temps.
Avec le modèle de stockage unifié que nous avons introduit dans Honeycomb, nous partageons entièrement les 32Go ou 16Go (ou autre) de mémoire entre les données des applications et les données multimédias. Autrement dit, il n’y a plus d’espace dédié aux applications par exemple. S’il vous reste 5Go de mémoire sur le Nexus, ce seront 5Go entièrement.

Cependant, l’inconvénient est qu’Android ne pourra plus céder le stockage de l’ordinateur hôte directement via le port USB. Au lieu de cela, nous utilisons le MTP. Sous Windows (que la majorité des utilisateurs utilisent), il existe un support intégré dans l’Explorateur qui fera en sorte que votre appareil soit représenté comme un disque à part entière [et non pas comme un téléphone. NDR]. Sous Linux et Mac, ce n’est malheureusement pas aussi simple, mais j’ai confiance en notre travail afin d’améliorer la situation.

Dans l’ensemble, c’est une bien meilleure expérience avec un téléphone.

Depuis que le Galaxy Nexus ne dispose que du stockage interne, comment des applications comme ASTRO File Manager fonctionnent sans avoir besoin de privilèges root ?

Magie !

Nous avons d’abord désigné un répertoire particulier sur le stockage interne comme étant la « carte SD ». Ensuite, nous avons mis en place un système de fichiers FUSE qui ne fait rien, sauf re-monter ce répertoire /sdcard. Pour les autorisations, le système de fichiers FUSE est « pass-through », afin que les fichiers réels puisse être montés en lecture et en écriture dans le répertoire.

Nous utilisons un « faux » proxy pour le système de fichiers FUSE afin de simuler la présence d’une carte SD. Ceci est totalement transparent pour les applications, il est impossible pour elles de voir qu’elles sont directement liées à la mémoire interne.

En mettant de côté le (re)montage de la /sdcard et en écartant toutes les autorisations de contrôle, cela signifie-t-il que toutes les applications ont accès à toutes les données d’autres applications de la carte SD (/sdcard) ?

Oui. C’est essentiellement la définition de / sdcard (ou comme on l’appelle dans l’API, le «répertoire de stockage externe ».) FAT32 ne supporte pas les autorisations, ce qui était bien car la carte SD était à l’origine un « free-for-all », c’est-à-dire un  espace partagé où une application pouvait accéder, modifier ou détruire les données d’une autre application. Il était destiné aux médias comme la musique et les photos, mais pas pour les données privées des applications qui bénéficiaient d’un espace de stockage spécifique comportant un autre niveau de sécurité.

Sur les appareils sans carte SD, le système de fichiers est interne. Nous avons donc choisi un répertoire afin qu’il soit reconnu comme étant « free-for-all » puis le monter comme un système de fichiers FUSE séparé qui refuse d’appliquer des autorisations de la même manière que le FAT32.

Donc, avec l’absence d’un port MicroSD dans le Galaxy Nexus, Google peut utiliser le système de fichier à sa guise plutôt que d’être coincé avec le FAT32.
Actuellement, le système de fichier est un sujet de controverse si vous êtes multi-plateformes. Par exemple le NTFS est uniquement pour Windows, ext4 est spécifique à Linux, HFS+ dédié à Mac, exFAT exclu Linux, etc…

C’est vrai mais ce n’est pas pour cela que nous l’avons fait. Nous voulions utiliser ext3 (bien que ce soit un avantage supplémentaire.) Nous l’avons fait parce que nous voulions aussi être en mesure de fusionner le « stockage public partagé» (c’est à dire pour la musique et photos) avec le stockage interne des applications.
Nous en avons assez de voir les OEMs [il s’agit des fabricants originaux de pièces informatiques ou de logiciels – ceux qui imposent une norme. NDR] mettre plusieurs Go (Gigaoctets) de stockage interne pour la musique, alors que les utilisateurs étaient encore à court d’espace pour les applications et les données. Cette approche nous permet de fusionner tout sur un seul volume, ce qui est beaucoup mieux.

Je comprends que c’est un avantage, mais combien d’espace est-ce qu’un slot pour carte MicroSD prend ? Je ne vois pas pourquoi on ne peut pas avoir les deux.

Il n’y a aucune raison matérielle particulière pour qu’un appareil ne puisse pas avoir les deux (stockage interne et MicroSD). Le problème est qu’il n’y a pas de bonne interface utilisateur pour elle.
L’un des principes de base d’Android est que vous n’aurez jamais besoin d’un gestionnaire de fichiers. Jamais. Nous voulions éviter l’odieux « éternuer et un sélecteur de fichier apparaît » [il faut être américains pour comprendre, quelque fois des expressions étrangères ne peuvent pas être traduite… . NDR]. Un syndrome que voyons sur tous les autres OS. Les applications savent comment gérer les données locales.  Vous ne devriez pas faire de la spéléologie pour retrouver des données sur votre  carte SD.

Le problème d’avoir à la fois de stockage interne et la carte SD, c’est que tout d’un coup cet objectif devient beaucoup plus difficile à réaliser. Par exemple, la caméra doit enregistrer dans les 16Go de la mémoire interne ou sur la carte SD ? Une application téléchargée sur l’Android Market [ancien nom du Google Play ou Play Store. NDR] doit-elle être installée sur les 16Go de la mémoire interne ou sur la carte SD ?  Etc…

Oui, nous pouvons résoudre ce problème en laissant l’utilisateur choisir en allant dans les paramètres. Mais alors, ça en deviendra un explorateur de fichier, ou assez proche d’un explorateur de fichiers que nous ne voulons pas (chez Android).

Ce que nous allons probablement faire, c’est d’ajouter éventuellement un concept d’import / export de stockage amovible. Ainsi, la caméra sera toujours enregistrée dans la mémoire interne de 16 Go, et quand vous insérerez une carte SD (ou une clé USB sur les appareils USB HOST), vous pouvez démarrer une migration d’importation / exportation.

Mais nous n’aurons que des dispositifs  généralement  équipés soit d’une carte SD ou une mémoire interne importante, mais pas les deux. Je suis conscient que beaucoup de gens souhaiteraient obtenir le support des cartes SD, moi-même je m’ennuie du stockage de masse USB. Mais c’est aussi pour cela qu’il existe un large choix d’appareil.

C’est une boîte de Pandore. Nous pensons à des compromis pour les versions futures.

C’était il y a un an. Aujourd’hui, rien n’a changé

« Nous pensons à des compromis pour les versions futures« .

Il nous paraît évident que « penser » a été la dernière chose faite, les produits actuels démontrant que la vision de Google sur le stockage de masse externe n’a pas changée. Une source de confusion pour les utilisateurs qui ne comprennent au final pas grand chose entre d’une part le stockage interne qui permet d’unifier, de structurer de manière fluide et transparente et le stockage externe qui est une source de désagrément, que ce soit dans les transferts entre la mémoire interne et la mémoire externe mais surtout pour l’enregistrement de données (applications, vidéos prises avec l’appareil photo,…). Pour la firme, ce mode de fonctionnement est impossible et empêche l’excellente coordination que l’on peut voir aujourd’hui. Par ailleurs, toujours d’après Dan Morill, lorsque vous avez un certain espace sur le téléphone, il s’agit de l’espace réel entier. Contrairement aux dispositifs avec carte SD qui eux, s’ils possèdent 16Go de stockage interne, au moins 2Go seront destinés aux applications, rendant la taille réel du stockage de 13 go (16Go sur un smartphone c’est une utopie).

Matias Duarte, sur son profil Google+ ne fait donc que répéter inlassablement ce qui se dit depuis déjà très longtemps. Sans entrer dans les détails, il est question de sécurité, de FAT32,… Il ajoute pourtant un nouveau point (parce que Google a toujours d’excellentes raisons de rejeter le port MicroSD) en relation direct avec le tout nouvel update de Jelly Bean : Android 4.2.

Pour mieux comprendre, je vous invite à lire cet excellent article avant de poursuivre. Nous parlerons de l’arrivée de la gestion multi-utilisateurs. Si vous avez bien lu le billet, cette nouvelle fonction permettra à plusieurs personnes d’accéder à l’appareil mais en ayant sa propre interface, sa propre cession. Ainsi, si votre frangin, votre frangine ou votre pote possède une cession sur votre smartphone (ou votre tablette), il ne pourra pas voir vos données personnelles. Mais toutes ces données justement de cessions, d’interface personnalisée,… il faut qu’elles soient stockées. Et bien entendu une carte MicroSD peut s’avérer des plus ardues non seulement car la sécurité du FAT32 est nulle (imaginez que n’importe qui, sans permissions aucunes, entre chez vous, prenne une bière dans le frigo et aille feuilleter vos albums photos. Ici c’est pareil), mais aussi à cause du côté « amovible » de la SD.

Vous ne voyez pas où Matias veut en venir ?

Imaginez donc deux Nexus 4. On part bien entendu du postulat qu’ils possèdent tous les deux Android 4.2 et que le Nexus 4 est doté d’un port MicroSD. Chacun des deux appareils appartient à une personne différente, qui a des amis différents, une vie différente. Bien. Les deux personnes connaissent tout de même cette fonction multi-utilisateurs et l’adoptent sur leur Nexus. Ils partagent leur découverte avec leur proche, c’est super, c’est nouveau, c’est fun, c’est inutile. Les cessions des personnes sont stockées sur la carte MicroSD en question. Mais ces deux personnes se connaissent : ils sont frangins (ou frangines, vous êtes maîtres de l’histoire) – d’où le « ils ont une vie différente », tout le monde sait que les ados sont indépendants… . Et bien s’ils s’échangent leur carte SD pour une raison x ou y, un formatage deviendra indispensable.

Toute cette petite historiette pour en venir au fait que finalement, un utilisateur qui a sa MicroSD dans son téléphone la garde naturellement dans son téléphone et la déplace que très rarement.

Jusqu’à présent, Android n’avait pas de concept multi-utilisateurs. Pensez à Windows 98 qui a eu un seul répertoire « Mes documents » et où le multi-utilisateur est arrivé avec Windows 2000 et son dossier « Documents and Settings ».

Le point clé est que contrairement à l’évolution entre Windows 98 et Windows 2000 et à la comparaison en disque dur interne et carte SD amovible, il y a une certaine attente que les utilisateurs Android peuvent avoir. La partition /sdcard et ses sous-dossiers sont un véritables « bordel » depuis ces dernières années. Il suffit juste d’aller faire un tour dedans pour être perdu au premier regard. A quelle application appartient ce dossier ? Et ces fichiers, que font-ils ici ? Tout est désordonné.

Pour ou contre les cartes MicroSD ? Les avis seront mitigés, espérons que cet article vous aura éclairé un peu plus sur la question.

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