Spotify estime que la hausse des prix va “pousser les utilisateurs au piratage”

 

Difficile pour Spotify et les autres plateformes de streaming musical d’augmenter leurs prix. Lors d’une réunion avec les députés britanniques, les représentants des trois plus grosses firmes dans le domaine ont évoqué la rude concurrence qu’impose YouTube et son modèle gratuit. Face à ce dernier, hausser les tarifs reviendrait à pousser les abonnés à se remettre au piratage.

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Le prix des abonnements aux plateformes de streaming musical est au cœur d’un dilemme cornélien. D’un côté, hausser les prix permettrait de mieux payer les artistes qui y diffusent leur musique. Il est en effet de notoriété commune qu’un simple stream ne rapporte à ces derniers que très peu d’argent. D’un autre côté, cette pratique revient nécessairement à s’attirer les foudres de ces utilisateurs. Bien que Spotify songe à aumgenter les tarifs de ses abonnements, le service n’a pas encore sauté le pas et maintient la somme de 9,99 €/mois depuis une dizaine d’années.

La raison est simple, selon Horacio Gutierrez, directeur juridique chez Spotify. Ce dernier s’est exprimé lors d’un comité regroupant les députés britanniques et les représentants d’Apple Music, Amazon Music et Spotify, donc, visant à évaluer le revenu touché par les artistes grâce à ce mode de diffusion. « Si la musique devient trop chère pour les consommateurs, cela pourrait les pousser à utiliser de nouveau les sites de piratage ». Les plateformes font en effet face à un concurrent de taille : YouTube qui, lui, est totalement gratuit.

YouTube empêche Spotify et les autres plateformes d’augmenter leurs prix

« Il est difficile d’être compétitif face à la gratuité », a déclaré Elena Segal, représentante d’Apple Music. « Ils n’ont pas nécessairement de licence pour toute la musique qu’ils utilisent, car ils n’en ont pas besoin ». On comprend donc qu’augmenter le prix de leur service serait une stratégie risquée pour les plateformes de streaming. Mais ce n’est pas la seule raison, selon elle. Spotify, Apple Music et Amazon Music partagent toutes plus ou moins le même catalogue.

Contrairement à Netflix ou Disney+, ce dernier n’est pas un argument de vente auprès des consommateurs. Ce qui ramène donc, à nouveau, à leurs tarifs. « Ces facteurs rendent difficile le fait d’augmenter les prix, parce que les gens peuvent à tout moment migrer vers une autre plateforme, qui proposera la même musique en moins cher ». En réponse, Amazon et Spotify ont admis qu’ils n’annuleraient pas leur offre gratuite si jamais YouTube venait à disparaître.

Vers d’autres modèles économiques ?

YouTube s’est déjà retrouvé dans le viseur des autorités britanniques par le passé. Le député Julian Knight l’a notamment accusé de « générer une véritable fortune à partir du travail des autres ». Pourtant, la filiale de Google affirme que ses revenus sont « très similaires » à ceux de Spotify et ses concurrents. Alors que celle-ci a versé 2,47 milliards d’euros à l’industrie musicale en 2019, elle a appelé à plus de transparence de la part des plateformes de streaming sur leur manière de rémunérer les artistes qu’elles hébergent. Selon elle, ces sujets amènent les labels à « durement se questionner à propos de leur propre industrie ».

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À l’heure actuelle, les artistes sont rémunérés selon un système de quota. Par exemple, si l’un d’eux a réalisé 1 % des écoutes totales de la plateforme, alors il recevra 1 % des revenus de cette dernière. Ça, c’est pour la théorie. En réalité, ce sont les labels qui touchent cette part de l’argent, avant de reverser en moyenne 13 % aux artistes. David Joseph, PDG d’Universal UK, assure que ceux-ci sont « très heureux de cet investissement et de l’avance qu’ils reçoivent », ce qui n’a pas manqué de semer la discorde au sein du comité. En effet, les artistes touchent au final bien moins de 1 € par stream, et ce, sur chacune des plateformes de streaming.

« Nous sommes définitivement ouverts à la recherche de modèles alternatifs », a déclaré Horacio Gutierrez. Amazon Music, en la personne de Paul Firth, est également de cet avis : « Nous devrions évaluer un certain nombre de ces approches ». Elena Segal, quant à elle, a rappelé que chaque plateforme devra accepter ce nouveau modèle économique avant sa mise à œuvre. Guy Garvey, leader du groupe Elbow, s’est à son tour exprimé sur le sujet. Selon lui, la manière dont les artistes sont payés par les services de streaming « menace l’avenir de la musique ». Bien qu’il reconnaît l’aspect « très dramatique » de cette prévision, il affirme que « si les musiciens ne peuvent pas payer leur loyer, nous ne savons pas à quoi ressemblera la musique de demain ».

Source : BBC



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