La co-fondatrice de HTC soutient et finance des associations anti-LGBTQI

Maj. le 31 janvier 2019 à 12 h 23 min

Cher Wang, co-fondatrice et PDG de HTC et célébrité incontestée de la hi-tech taïwanaise, soutient les causes anti-LGBTQI en finançant activement deux associations à but non lucratif. Cible du moment : l’égalité des droits LGBTQI, en voie d’adoption à Taïwan.

Cher Wang, actuelle PDG et co-fondatrice de HTC avec Peter Chou (qui lui a cédé la direction de l’entreprise en 2015), fait partie du club très fermé des femmes les plus riches de Taïwan. Issue d’une famille fortunée (son père, Wang Yung-ching, est le fondateur du très puissant et très riche Formosa Plastic Group), elle a étudié avec succès l’économie à l’université de Berkley (Californie). Elle a suscité l’admiration en co-fondant VIA Technology en 1987 puis HTC en 1997 sans jamais faire appel à la fortune familiale.

Guérison des malades

Connue pour son soutien à de nombreuses œuvres caritatives, cette mère de deux enfants est une fervente catholique dans un pays où cette religion est très minoritaire. Lors d’une interview accordée au New York Times en 2007, elle a déclaré que sa « foi et sa croyance en Jésus-Christ sont sa motivation dans son travail avec HTC ». Parmi ses bonnes œuvres, les deux organismes « Chinese Christian Faith Hope & Love Foundation » et « VIA Technologies Faith Hope & Love Foundation » (aussi connues comme « Les Deux Fondations ») entretiennent depuis cinq ans d’étroites relations avec « The International House of Prayer » (IHOP) qui s’oppose farouchement à toute avancée en faveur des LGBTQ.

L’IHOP est une association chrétienne basée à Kansas City (Missouri) qui prône la prière 24h/24h et 7 jours sur 7 tout en préconisant le jeûne en tant que « préparation spirituelle à la fin du monde ». Elle envoie des missionnaires un peu partout sur la planète afin de « guérir les malades » (dont les LGBTQI) et proclame le retour de Jésus-Christ sur Terre.

Bien entendu, l’IHOP est vent debout contre le mariage pour tous et les droits des homosexuels. Après avoir combattu sans succès les lois pro-mariage pour tous en Californie puis au niveau fédéral, elle s’intéresse à l’Ile de Taïwan où l’égalité du mariage et des droits civils est en train d’être discutée. Les « Deux Fondations » ont ainsi parrainé et aidé financièrement l’IHOP afin d’influer sur le résultat du vote ayant eu lieu en novembre dernier. Cette collaboration ne date pas d’hier.

Il est par exemple établi qu’elles ont financé à Taïwan en 2013 un colloque de quatre jours où est intervenu David Skiller. Ce missionnaire de l’IHOP pense fermement que le mariage entre personnes de même sexe « ne peut pas exister ». Cette stratégie a manifestement fonctionné puisque le texte a été repoussé par une majorité de votants.

Ce référendum consultatif n’a toutefois pas force de loi. Lu Tai-lang, secrétaire général judiciaire de Taïwan (l’équivalent du ministre de la Justice en France) affirme que ce rejet ne changera pas grand-chose : la Cour constitutionnelle de Taïwan a exigé en 2017 que le gouvernement promulgue l’égalité des droits face au mariage avant la fin 2019.

« Kill the Gay »

Ce n’est pas la première ingérence de l’IHOP dans la politique intérieure de pays étrangers. Accompagnée d’autres associations américaines évangélistes, elle a infiltré avec succès les sphères d’influences ougandaises, conduisant Yoweri Museveni, président du pays depuis 1986, à signer en 2014 la loi « Kill the Gay » dont le nom résume malheureusement les objectifs.

D’après les journalistes ayant enquêté sur le sujet, il est quasiment impossible de connaître le montant exact alloué par les « Deux Fondations » aux organisations anti LGBTQI. Tout juste sait-on que les financements qu’elles ont accordées sur les cinq dernières années ont atteint la coquette somme de 388 millions de dollars. D’après le groupe pro-mariage pour tous « Freedom to Marry », les associations anti-mariage LGBTQI ont dépensé au moins 33 millions de dollars lors de la campagne précédant le référendum taïwanais.

Interrogé sur ce sujet, HTC nous a fait parvenir une courte déclaration rédigée en anglais provenant de sa direction européenne :

“At HTC we value inclusion and embrace diversity. As a company, our aspiration is to impact all of humankind through technology that both inspires and empowers.”

(Chez HTC, nous valorisons l’inclusion et nous embrassons la diversité. En tant qu’entreprise, notre aspiration est d’avoir un impact sur l’ensemble de l’humanité grâce à une technologie qui inspire et renforce.)

A ce jour, il n’y a eu aucune autre réaction officielle du constructeur ou de Cher Wang.

  • Sources :

Into MoreHTC Founder’s Non-Profit Backed Anti-Gay Groups Fighting Marriage Equality in Taiwan

HornetThe CEO of Smartphone Maker HTC Has Been Busted for Two-Faced Anti-Gay Behavior

South China Morning PostWho is Cher Wang, the tycoon out to revive HTC’s glory years with world’s first blockchain phone?

Wikipedia Cher Wang

The GuardianTaiwan votes down same-sex marriage as China welcomes midterm results

Far Eastern PotatoWho is behind the Happiness of the Next Generation Alliance?

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