Un système d’exploitation entièrement open source est-il possible ?

Maj. le 18 avril 2016 à 15 h 42 min

On parle souvent de la philosophie open source d’Android, celle-là même qui permet aux développeurs de tous bords de pouvoir apporter leur pierre à l’édifice du système d’exploitation de Google. Pour ceux-ci, Google met en place de nombreux outils de développement et d’accompagnement pour leur permettre de se familiariser avec les différents outils que requiert son OS propriétaire. Ces derniers jours, elle a même décidé d’ouvrir son interface de programmation pour leur permettre de publier et gérer plus facilement les paiements de leurs créations sur le Play Store.

Un système d'exploitation entièrement open source est-il possible ?

Il n’empêche que si l’on peut dire qu’Android est né d’une philosophie open source, il n’est pas en lui-même un système d’exploitation complètement open source car bon nombre d’applications et de pilotes embarqués nativement ne le sont pas. Le site ArsTechnica a ainsi tenté l’expérience sur un Google Nexus 4, afin de voir ce que pourrait donner un smartphone où tout est open source et libre de restrictions.

Sauf que dès le départ, cette ambition se heurte à des réalités très concrètes qui poussent à faire quelques sacrifices. De nombreux composants fonctionnent à ce titre sur des pilotes fermés, comme le processeur (ici un Qualcomm Snapdragon), le modem, le Bluetooth, le contrôleur Wi-Fi ou encore l’appareil photo. Sur les 184 fichiers que nécessite le Nexus 4, beaucoup ne sont donc pas libres donc l’espoir d’un appareil entièrement open source s’évanouit d’entrée de jeu.

CyanogenMod : un Android open source est-il possible?

Des systèmes d’exploitation libres qui ne le sont pas tant que ça

Reste néanmoins la question du software, qui débute par le choix du système d’exploitation. CyanogenMod pourrait représenter un point de départ logique de par son aspect « ROM custom » d’Android, Sauf que les versions les plus répandues de CyanogenMod chargent des applications de Google ainsi que certains pilotes fermés, ce qui n’en fait pas un OS totalement libre dans la pratique.

Il existe bien une autre solution, Replicant, un OS basé sur CyanogenMod qui promet, selon son créateur Paul Kocialkowski « une distribution Android entièrement libre ». Sauf que cette alternative commence à légèrement dater puisqu’elle ne se fonde non pas sur Android KitKat mais sur Android 4.2 Jelly Bean, qu’elle ne tourne pas sur les appareils les plus récents (sur les deux dernières années environ). De plus, certains pilotes n’y sont pas inclus, ces mêmes pilotes fermés indispensables évoqués précédemment. La solution CyanogenMod sera donc retenue par défaut.

Les applications natives d'Android non open source

Une fois CyanogenMod installé, il va falloir alors se débarrasser de nombreuses applications qui ne fonctionnent pas sur un système open source. Elles constituent d’ailleurs une majorité des applications présentes nativement et concernent toutes les fonctionnalités comme vous pouvez le voir dans l’image récapitulative d’Ars Technica.

Quel catalogue d’applications pour quelles fonctionnalités ?

Pour remplacer toutes ces applications, il va donc falloir passer par un market entièrement consacré aux applications AOSP (Android Open Source Project), étant donné que la plupart des markets ne précisent pas toujours la nature de la production des applications qu’ils proposent. Il n’en existe qu’un, F-Droid, dont la sélection n’est constituée que d’applications rigoureusement open source.

F-Droid : un market d'applications open source

Son problème est que bon nombre des applications qu’il propose sont datées et que le choix y est beaucoup, beaucoup plus restreint que les autres markets car seul un petit millier d’applications sont disponibles. Et encore, il n’existe aucun système pour en repérer les meilleures, les plus téléchargées… Il n’y a même pas de screenshots pour se faire une idée du rendu final. Seul existe un système de catégories, ce qui rend la recherche de la perle rare beaucoup plus compliquée que prévu.

VLC : une application Android open source

Au milieu de toutes ces difficultés rencontrées, seul Firefox, le navigateur web de Mozilla, sert de bouée de sauvetage, et est l’une des rares, sinon quasiment la seule application parmi les plus connues à pouvoir être embarquée sur un appareil au software entièrement open source. L’autre véritable exception : VLC, le lecteur multimédia, bien que sa déclinaison Android n’en soit encore qu’en phase de bêta. Après de longues recherches, cet OS open source commence néanmoins à se parer de ses premières applications.

Jeux open source sous Android

Les jeux ne sont pas non plus exclus. Mais dans cette branche de l’industrie plus encore, les projets open source se font extrêmement rares. Seuls seront compatibles des déclinaisons de jeux ultra-répandus comme le Sudoku, les échecs ou Tetris… ainsi que 2048, le casse-tête qui a fait le buzz en début d’année. Concernant les réseaux sociaux, là aussi les choix sont quasiment inexistants à l’exception d’un unique client Twitter du nom de Twidere.

Maintenant que le téléphone est à peu près chargé et fonctionnel, il n’est déjà plus tout à fait conforme aux désirs d’open source total initiaux. Le catalogue d’applications ressemble à un voyage dans le temps à travers l’histoire d’Android entre applications modernes pour Android KitKat comme Firefox et VLC, et d’autres qui semblent avoir conservé un design de l’ère Gingerbread.

Conclusion : le 100% open source nécessitera des sacrifices

Dans l’ensemble l’appareil reste très limité par rapport aux terminaux actuels tout simplement parce que beaucoup de services ne proposent tout simplement aucune version compatible avec un projet open source : impossible de trouver une application libre de droits pour du traitement de texte avancé, de la gestion de comptes bancaire ou pour commander à manger quelque part. Il marque un retour dans le temps, à l’époque où le navigateur Internet s’occupait de toutes les tâches que peuvent accomplir désormais les applications.

Au final donc, s’il est techniquement possible de construire un modèle de smartphone qui s’approche au plus près de ce que pourrait être un terminal intégralement open source, celui-ci ne sera jamais à 100% conforme à ce qu’on en espérait et surtout très peu fonctionnel.

Le fait est que le modèle actuel de distribution des applications est tellement centralisé sur la monétisation des contenus que la recherche de profit immédiat est naturellement intégré au développement de chaque application. Les markets les plus populaires comme l’AppStore ou Google Play Store nécessitent qui plus est des droits d’entrée de la part des développeurs, ce qui implique une logique immédiate de monétisation incompatible avec une application de type open source.

Mozilla : Application Open Source pour Android

Ce mode de distribution particulier fait que l’open source a structurellement beaucoup plus de mal à s’implanter sur smartphone que ce n’est le cas sur PC notamment. Les seuls projets qui parviennent à faire leur trou sont ceux qui sont par ailleurs soutenus financièrement par de gros investissements, comme c’est le cas de Mozilla, qui est un organisation à but non-lucratif mais aidée par des fonds qui s’élèvent à plusieurs millions de dollars.

Il faut donc comprendre que si le rêve d’un Android entièrement open source est en théorie possible, son application pratique est nettement plus délicate à mettre en oeuvre qui à l’heure actuelle est impossible sans se confronter à un parcours du combattant et à de nombreux sacrifices sur la fonctionnalité du terminal final. L’arrivée de Firefox OS, cependant, pourrait aider à faire évoluer la donne, du moins faut-il que ce dernier rencontre le succès.

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