Appels téléphoniques : pour les jeunes, les conversations vocales sont devenues « malaisantes »

En France, comme dans les autres pays d'Europe, les jeunes utilisent de moins en moins leur téléphone pour téléphoner. Les adolescents se servent désormais principalement de leurs smartphones pour communiquer par le biais des messageries et autres réseaux sociaux, délaissant les appels téléphoniques vocaux qu'ils trouvent embarrassants.

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De nombreux adolescents possèdent aujourd'hui un smartphone, et passent de nombreuses heures les yeux rivés sur l'écran au quotidien. Ironiquement toutefois, ces jeunes n'utilisent pratiquement pas la fonctionnalité principale de ces appareils, à savoir les appels vocaux.

Au Royaume-Uni, cette tendance est flagrante depuis plusieurs années déjà. En 2010 déjà, le Washington Post constatait que les 18-34 ans communiquaient de moins en moins vocalement par le biais du téléphone, préférant nettement les textos. En 2016, The Guardian révélait qu'un quart des utilisateurs de téléphones mobiles ne passaient jamais d'appels.

En France aussi, selon Michel Combot, directeur de la Fédération française des télécoms, le nombre de communications vocales a cessé d'augmenter depuis 2016, particulièrement chez les 25-39 ans. Les jeunes préfèrent désormais communiquer par le biais des applications de messageries textuelles et des réseaux sociaux.

À l'aide de Facebook Messenger, WhatsApp, Snapchat ou encore Instagram, les adolescents tiennent des conversations hybrides, mêlant les textes aux dessins, images, emojis, gifs, stickers et autres vidéos, comme l'explique Laurence Allard, enseignante et chercheuse en sociologie du numérique. Par ailleurs, ces plateformes permettent d'entretenir des conversations permanentes, sans avoir besoin d'être connectés simultanément.

De plus, elles permettent de tenir plusieurs conversations en même temps avec différents contacts ou groupes de contacts, comme le souligne ­Nicolas Demassieux, directeur de la recherche d’Orange. Enfin, selon Monique Dagnaud, sociologue, les plateformes de messageries permettent de conserver une certaine distance avec l'interlocuteur.

Appels téléphoniques : les jeunes préfèrent communiquer par le biais des réseaux sociaux et des applications de messageries

Au contraire, les conversations téléphoniques semblent désormais gênantes et intrusives. Elles obligent le destinataire à décrocher immédiatement, et forcent à utiliser sa voix, ce qui peut s'avérer embarrassant ou dérangeant dans certaines situations. De fait, cette génération n'utilise l'appel vocal qu'en cas de nécessité, de façon brève et formelle.

Ils utilisent par exemple ce recours pour demander un renseignement urgent, dans le cadre d'un projet de travail, ou pour se retrouver rapidement dans un endroit peuplé. Bien entendu, l'appel vocal est également utilisé pour communiquer avec les personnes plus âgées, qui ne sont connectées en permanence ou qui n'ont pas le réflexe de vérifier leurs notifications de façon systématique.

Pour ces jeunes gens, le coup de téléphone, avec ses codes traditionnels, est associé à la génération de leurs parents, ou à des images négatives comme les spams publicitaires ou les tentatives d'arnaque. Si ce changement d'habitude lié aux évolutions technologiques est compréhensible, certains y voient un phénomène inquiétant.

Pour Sherry Turkle, psychosociologue au Massachusetts Institute of Technology, les médias numériques ont habitué les jeunes à « se soustraire à l'embarras des relations humaines directes ». Cette spécialiste craint que les relations humaines deviennent de plus en plus silencieuses, et perdent surtout en spontanéité. Dans un futur proche, il est toutefois possible que les appels téléphoniques reviennent à la mode.


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