Instagram, TikTok, Facebook : et si vous pouviez enfin choisir ce que vous voyez dans votre fil d’actualité ?
Vous ouvrez Instagram ou Facebook pour voir les publications des personnes que vous suivez, mais tombez souvent sur des contenus de comptes que vous ne connaissez pas ? Même s’il est déjà possible de retrouver une expérience moins intrusive via des onglets spécifiques, l’Australie veut désormais forcer les réseaux sociaux à modifier le fil d’actualité par défaut.
Sur TikTok, Instagram ou Facebook, suivre un compte ne garantit plus de voir ses publications en premier. Les plateformes insèrent dans le fil des vidéos et des images choisies d’après vos habitudes. Vous vous arrêtez plusieurs secondes sur un sujet ? Elles essaient de vous en proposer d’autres du même genre.
Le gouvernement australien a soumis à consultation un projet qui obligerait les réseaux sociaux à demander aux utilisateurs de plus de 16 ans quel fil ils souhaitent voir en ouvrant l’application. Ils auraient le choix entre les recommandations personnalisées et les publications des amis et créateurs qu’ils suivent.
En Europe, les très grandes plateformes doivent déjà proposer une option de recommandation sans profilage, mais Facebook et Instagram réservent le fil chronologique à des onglets spécifiques. L’Australie veut que ce choix soit présenté aux utilisateurs et qu’il détermine le fil affiché par défaut. Aux Pays-Bas, une décision de justice oblige depuis peu Meta à conserver ce choix, même après la fermeture de l’application.
Pourquoi les plateformes tiennent-elles à leurs recommandations ?
Les réseaux sociaux n’ont pas besoin que vous cliquiez sur le bouton « J’aime » d’une publication pour comprendre qu’elle vous intéresse. Le temps passé sur une vidéo leur donne déjà une indication. Ils tiennent aussi compte de vos recherches, des comptes que vous consultez et des contenus que vous partagez pour décider de quoi afficher ensuite.
Regardez plusieurs vidéos sur un voyage au Japon jusqu’au bout : d’autres devraient rapidement apparaître dans votre fil. Si vous les faites défiler aussitôt, les recommandations évolueront encore. Même sans cliquer, vous donnez des indications à la plateforme.
Cela permet de découvrir des comptes que l’on n’aurait jamais pensé chercher. C’est un moyen efficace de prolonger chaque visite. Une vidéo en appelle une autre, puis une autre encore. Pour les plateformes, le temps passé dans l’application compte : il multiplie les occasions d’afficher de la publicité.
Le choix proposé en Australie toucherait donc à une partie essentielle de leur fonctionnement. Si vous préférez voir les comptes que vous suivez, les publications recommandées automatiquement par les plateformes perdent leur place dans le fil principal. Reste à voir comment cette option sera présentée et appliquée une fois le texte adopté.
Vos préférences sont aussi analysées en dehors des applications sociales
Il vous est peut-être déjà arrivé de consulter un produit sur un site marchand, puis de voir une publicité pour ce même type d’article sur Instagram ou Facebook. Le téléphone n’a pas besoin d’écouter vos conversations pour que cela se produise.
Certains sites et certaines applications intègrent des outils de suivi publicitaire. Selon ceux qui sont présents, ils peuvent transmettre des informations sur une visite ou sur une action effectuée ailleurs que sur le réseau social. Les cookies, les pixels publicitaires et les identifiants utilisés d’un service à l’autre peuvent aider à rapprocher ces données d’un profil.
Cela ne signifie pas que les plateformes connaissent toutes vos recherches. Elles reçoivent certains signaux lorsque les outils permettant ce suivi sont présents. Notez toutefois que sur Instagram et Facebook, certains réglages permettent de limiter l’utilisation des informations transmises par des sites et applications tiers.
Choisir son fil ne suffit pas à limiter le suivi
Revenir aux comptes suivis peut rendre le fil plus prévisible et plus respectueux de vos choix à la base. En revanche, Instagram, TikTok ou Facebook continuent de connaître ce que vous faites dans leurs applications : les vidéos regardées, les recherches lancées, les comptes ouverts ou les publications que vous « likez ». Le réglage envisagé par l’Australie porte sur les contenus montrés par défaut, pas sur l’ensemble des données collectées.
Vous pouvez agir sur une partie du suivi réalisé ailleurs. Refuser les cookies publicitaires quand un site vous en laisse le choix, limiter le suivi d’une application à une autre dans les réglages du téléphone ou utiliser des adresses mail différentes selon les services compliquent certains rapprochements.
Les outils de Proton peuvent par exemple jouer un rôle à ce niveau. Ses alias mail évitent de donner la même adresse à chaque inscription. Un VPN masque votre adresse IP réelle aux sites que vous consultez, tandis que les protections contre les traqueurs peuvent bloquer certaines connexions publicitaires sur le web. Aucun de ces outils n’empêche toutefois un réseau social d’observer votre activité dans sa propre application.
L’intérêt de la proposition australienne est là : vous laisser décider si votre fil doit être rempli de recommandations ou montrer les personnes que vous avez choisi de suivre. L’idée de laisser le choix aux utilisateurs est pertinente, et elle pourrait inspirer davantage de pays.

