Pourquoi les consoles Android sont l’avenir du jeu vidéo ?

Le marché du jeu vidéo évolue, et avec l'arrivée d'Android et la forte évolution des jeux mobiles disponibles sur le Play Store, le paysage vidéoludique connait des transformations qui pourrait, à terme, diminuer l'intérêt des consoles propriétaires au profit des consoles sous Android.

Depuis des dizaines d'années déjà, les consoles de jeu vidéo sont avec le PC les principales plateformes afin d'accéder à nos loisirs interactifs préférés dans nos foyers : sur grand écran, dans le salon ou en portabilité, les jeux vidéo s'expriment bien mieux lorsqu'ils ont un appareil dédié.

Toutefois, l'avènement d'Android en tant que système d'exploitation libre a provoqué un nouveau marché : celui des consoles tournant sous l'OS de Google. Et malgré l'incommensurable défaite de la OUYA, le lancement buggé de la Razer Forge ou l'indifférence accordée à la Madcatz MOJO, ce nouveau marché est en vérité là pour durer.

Car insidieusement, il s'agit du matériel qui se rapproche le plus de l'évolution des habitudes de consommation des foyers et tend à connaître les meilleures évolutions techniques sur ces dernières années. Alors que les tablettes sont en plein déclin, les box TV sous Android vont-elles monter au point de concurrencer les consoles ?

Un marché en pleine expansion

Il est une vérité que les éditeurs, développeurs et constructeurs ne peuvent plus ignorer : les jeux sur smartphones progressent d'année en année, à tel point que tout le monde cherche désormais à entrer dans ce marché.

Les éditeurs et développeurs tiers particulièrement ont pris très vite d'assaut le Play Store, à grand renfort de productions plus minimalistes mais utilisant leurs licences à succès comme Lara Croft Go dernièrement, et commencent à développer des jeux plus fournis avec par exemple Assassin's Creed Legend d'Ubisoft.

Mais c'est l'arrivée des constructeurs qui est la plus remarquée, avec en tête Nintendo cette année qui sortira Miitomo en Europe d'ici peu et développe un jeu approfondi mettant en scène leurs plus grandes stars avec Pokémon Go qui sortira en fin d'année.

Sony, qui est en charge tout aussi bien de Xperia que de PlayStation, avait fait figure de précurseur en lançant PlayStation Mobile. Mais le service n'avait pas pris, et avait été fermé il y a 1 an. Toutefois, la nécessité de conquérir ce marché est telle qu'ils s'apprêtent à y revenir avec la création de ForwardsWorks qui utilisera les plus grandes licences de PlayStation.

Cette arrivée en masse des constructeurs n'est qu'un signe parmi tant d'autres que le jeu vidéo mobile est là pour rester. Après tout, lorsque les marques d'un secteur parallèle se doivent d'utiliser un nouveau média pour promouvoir leurs créations, n'est-ce pas là le légitimer ?

Les développeurs se préparent eux-mêmes à ce changement

Ce qui n'est pour le coup qu'une nouvelle opportunité marketing, créant des productions plus limitées afin de promouvoir leurs jeux et leurs réseaux, a pourtant la faculté de se transformer en de véritables jeux AAA à part entière.

Et pour cause, puisqu'aujourd'hui la majorité des plus grands et puissants moteurs de jeux permettent de développer directement sur mobile : Unreal Engine, CryEngine, Unity, tous développent aussi bien des outils spécialisés pour les smartphones que des modèles économiques arrangeants pour les créateurs, permettant l'accès facilité à ces outils professionnels à un moindre coût pour quiconque.

Les librairies elles-mêmes évoluent sur mobile, comme le prouve la récente sortie de l'API Vulkan qui permettra à terme des effets graphiques plus poussés et une meilleure gestion de la consommation des jeux sur mobile.

Les fondeurs eux-mêmes poussent vers cette évolution : chaque année, Qualcomm comme MediaTek mettent en avant l'évolution de la partie graphique de leurs SoC. Mais l'exemple le plus parlant reste Nvidia, créateur de cartes graphiques puissantes dédiées aux joueurs sur PC, qui a créé une gamme complète de SoC faits pour les jeux et les applications les plus gourmandes en mobilité, comme leur dernier né : le Tegra X1.

Les consoles Android se sophistiquent

Pour ce qui est du matériel en lui-même, il se sophistique d'année en année. Loin sont les jours de la OUYA, qui avait compris cette tendance avant l'heure mais n'a pas eu la puissance créative de supporter sa vision. L'échec de cette console sous Android a autant été dû à des jeux Android encore peu optimisés pour ce type de matériel que la conception de sa console et notamment de sa manette.

Cela est en train de changer, et les principaux acteurs PC visant les hardcore gamers se penchent sur ce nouveau média. Razer par exemple, célèbres fabricants d'accessoires pour les joueurs professionnels, a compris cette tendance en développant la Razer Forge.

Mais c'est particulièrement Nvidia qui là encore fait office de cas d'école, puisqu'il semble avoir tout compris : avec la Nvidia Shield TV, qui a bénéficié des leçons tirées par la Shield Portable et la Shield Tablet avant elle, le constructeur américain tient une console multimédia qui surprend par sa capacité à encaisser énormément sans broncher, malgré son petit format.

Les services se développent, rendant possible une conquête

Ce qu'il a particulièrement compris avec cette console sous Android, c'est qu'il fallait aussi bien privilégier les productions natives que les services dédiés aux joueurs. Ainsi, il est possible tout aussi bien de jouer aux jeux du Play Store, compatibles avec la très bonne manette de la console connectée en WiFi Direct, que streamer le contenu de son PC surpuissant à même la TV via le Gamestream.

Mais elle prouve aussi pouvoir être indépendante, en mettant en avant le cloud avec le service GeForce Now. Celui-ci permet de jouer à un jeu vidéo tournant à pleine puissance à distance sur un serveur Nvidia, permettant de profiter de très bons graphismes sur la console pour peu que l'on ait une bonne connexion.

Le cloud gaming peut sembler anodin, mais il est l'un des prochains nerfs de la guerre sur le terrain du jeu vidéo : pour preuve, Sony a absorbé Gaikai en 2012 et racheté OnLive avant de le fermer en 2015, afin de créer le PlayStation Now.

Dans le même ordre d'idée, ce service permet qu'importe le matériel de jouer à des jeux PS3 et prochainement plus, et sera présent à terme aussi bien sur consoles (PS4 et PS Vita) que sur ses smartphones Xperia et ses téléviseurs Bravia ou les TV Samsung.

Google lui-même met désormais en avant le jeu sur son Play Store, et a développé des services les rendant bien plus légitimes : une API simple à intégrer pour les développeurs, permettant de gérer une manette en Bluetooth, ainsi que le Play Jeux afin de retrouver la dimension sociale que les consoles possèdent désormais avec les trophées et les profils de joueurs. Android TV permet également un contrôle de l'interface à la manette bien plus avantageux pour ce type d'utilisation.

Les consommateurs sont ouverts à cette idée

Sans parler d'une totale domination des consoles Android, une simple fusion des mentalités pourrait être bénéfique aux deux parties. En effet, la différence des consoles par rapport aux PC s'efface de plus en plus et les deux grandes compétitrices actuelles, la Xbox One et la PS4, possèdent toutes deux une architecture si proche du PC que peu de différence se fait sur le plan développement.

Microsoft l'aura compris avant les autres avec sa Xbox One : le matériel s'efface désormais au profit des services logiciels et de la centralisation. C'est pourquoi il fusionne petit à petit sa console avec Windows 10, lui permettant de gagner en fonctionnalités se faisant.

La rumeur qui enfle d'une nouvelle version plus puissante de la PS4 destinée à sortir cette année, et le renouvellement de la 3DS avec la New 3DS, montrent que les consommateurs sont désormais ouverts à l'idée de remplacer régulièrement leurs consoles sur une base commune de jeux, à la manière des smartphones.

Quoi de mieux que le système d'exploitation Android pour cela ? Grâce à cet OS, le développement de jeux de toutes tailles serait facilité, permettant aux constructeurs d'avoir un flux constant de produits à proposer sur leurs plateformes.

Mais il s'agirait également du meilleur moyen de faire interagir consoles de salon, consoles portables et smartphones, qui pourraient aisément partager ce système d'exploitation et optimiser leurs liens communs. A terme, la propagation des services exclusifs (comme le Remote Play PS4 par exemple) gagnerait en cohérence avec une base de développement commune et évolutive.

Des freins qui peuvent être évités

Bien sûr, cette mentalité comporte son lot de problème. A commencer par le piratage des jeux sur les plateformes Android, problème bien présent et contre lequel les constructeurs luttent déjà depuis plusieurs années sur leur matériel pourtant fermé.

Ceci étant, la nature du système d'exploitation libre de Google fait qu'il est possible pour chaque constructeur de développer sa propre version, qui serait compatible avec le Play Store sans pour autant ouvrir des portes que ceux-ci ne veulent surtout pas voir ouvertes.

Suivant l'exemple d'Amazon et son Fire OS, rien n'empêche la création d'un “Nintendo OS” comme pourrait être en train de l'imaginer Nintendo pour sa Nintendo NX, qui selon la rumeur tournerait sous Android. Celle-ci se voulant être un hybride console de salon / portable, on comprendrait très vite pourquoi il aurait été choisi.

Reste que l'une des principales forces des consoles de salon est l'exclusivité. Pourquoi achetez-vous une console Nintendo ? Pour retrouver Mario, Zelda et consorts, productions n'existant sur aucune autre console.

Mais cette exclusivité pourrait également exister sur une console Android. Après tout, la gamme Nvidia Shield bénéficie de Portal, Half-Life 2 et Metal Gear Rising Revengeance exclusivement grâce à des portages dédiés à une gamme de puces unique (les Tegra) et un magasin d'application dédié existant en collaboration avec le Play Store.

Le chiffrement des applications pourrait également être une solution, permettant aux jeux de ne pouvoir être lancés sans le matériel dédié à celui-ci, la clef se trouvant à même le système d'exploitation créé comme un fork d'Android ne pouvant être ouvert.

A bien des égards donc, et bien qu'il ne s'agisse pas encore de la tendance actuelle, les consoles de jeux tournant sous Android pourraient réserver un futur radieux qui serait bénéfique aussi bien aux développeurs qu'aux consommateurs. Ne reste donc plus qu'aux constructeurs de partager cette vision.

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