« Aujourd’hui, on vend toujours en majorité des jeux physiques sur PlayStation » : non Sony, le passage au 100% dématérialisé n’est pas inéluctable
À tech reposée, c’est votre nouveau format édito sur Phonandroid. Aujourd’hui, on s’intéresse à une phrase qui revient sans arrêt dans la bouche de ceux qui défendent Sony et sa décision de stopper la vente de jeux vidéo physiques. “C’est inéluctable”. Vraiment ?
Bienvenue dans notre nouvelle rubrique “À tech reposée”. Mais c’est quoi ce nouveau format, au fait ? Un contenu édito, des interviews, des réflexions sur l’actualité de la tech… Quotidiennement, vous y trouverez un maximum de choses. Comme pour l’ensemble de nos articles, n’hésitez pas à poster un commentaire en bas de page pour du sujet discuter qui nous occupe aujourd’hui, mais aussi pour nous dire ce que vous pensez de ce nouveau format. Nous lisons attentivement tous vos retours et nous ferons tout pour nous améliorer très rapidement.
Pour bien commencer, quoi de plus pertinent que de discuter de l’un des sujets les plus houleux et qui enflamme le web actuellement : la mort annoncée des jeux vidéo physiques, notamment sur Playstation.
Les chiffres ne mentent pas, paraît-il. Plus rapide, plus pratique, moins encombrant, le dématérialisé n’a, dans la bouche de ses défenseurs, que des avantages comparé à sa version physique. De fait, que celui qui n’a jamais succombé à la tentation d’acheter une version numérique d’un jeu jette la première pierre contre celui qui prétend l’inverse. Pour peu que vous jouiez sur PC, le dématérialisé est, à peu de choses près, l’unique solution disponible.
Aussi, au fil des 10 dernières années, alors que le dématérialisé devenait peu à peu le format (largement) dominant sur le marché du jeu vidéo, à peu près tout le monde, du moins ceux que cela arrangeait, a commencé à affirmer que le futur serait 100% digital. Que le consommateur choisirait de lui-même de se passer d’une boîte, préférant largement télécharger un titre depuis le confort de son canapé. Quelle n’a pas été leur surprise de constater que, depuis que Sony a annoncé la fin du format physique sur PlayStation,
Les chiffres comme défense ultime
« Je pense que ça ne surprend personne. Nous, en tout cas, ça ne nous surprend pas. » Quand on lui demande si, en tant que revendeur spécialisé, Micromania a senti le vent tourner ces dernières années, Philippe Renaudin, directeur marketing de la marque, est catégorique. S’il regrette une annonce de la part de Sony « qui est arrivée d’un seul coup, qui a été assez concise », il concède que « quand on regarde le marché de manière internationale, on voit très bien qu’effectivement, il y a une évolution majeure de la dématérialisation des contenus sur le jeu vidéo ».
Certes. Selon chiffres du SELL, le poids du dématérialisé sur le marché du jeu vidéo est écrasant. En 2024, 88% des jeux vidéo achetés en France l’ont été au format numérique, selon les chiffres du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL). Une part qui n’a cessé d’augmenté au fil des années. Des chiffres qui se confirment également à l’internationale.

À la clôture de son dernier exercice fiscal, Electronic Arts, un des plus grands éditeurs de jeu vidéo au monde, annonce que le format physique ne représente que 5,8 % de ses plus de 7 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Le dématérialisé, lui, en représente 16%. Le reste ? Principalement des micro-transactions. Même son de cloche chez l’autre géant Take-Two Interactive, ou même chez Ubisoft qui, en 2026, enregistre 87,3 % de dématérialisé sur l’ensemble de ses ventes de jeux. Et Sony dans tout ça ? Lors de son dernier trimestre 2025, la firme japonaise annonce que 75% de ses jeux ont été vendus au format digital.
Sony PlayStation FY2025 Q4 Financial Results!
• PS5 units sold – 1.5M
• Lifetime PS5 units – 93.7M
• Full game software units – 74.6M
• First party software units – 5.8M
• Digital Download Ratio – 85%
• Monthly Active Users – 125M pic.twitter.com/ARBwBehu6b— Genki✨ (@Genki_JPN) May 8, 2026
La fabrique des chiffres
En consultant ces graphiques, la conclusion semble évidente. Les joueurs ont fait leur choix, la boîte est désormais un objet du passé. Après tout, à l’ère du streaming vidéo et musical, la tendance est loin de concerner uniquement le jeu vidéo. Mais une première rectification s’impose. Le SELL le dit bien : ces implacables 88% de jeux dématérialisé concerne toutes les plateformes, mobile (où le physique n’existe pas) et PC (où presque plus personne ne s’embête à passer par une autre plateforme que Steam) compris. Or, si l’on prend uniquement en compte le marché console français, l’écart est beaucoup moins net. Toujours selon le SELL, sur 1,4 milliard d’euros de recette générés en France par le jeu vidéo sur console durant l’année 2025, 38% l’ont été par le dématérialisé, contre 28% pour le format physique. Sur la simple vente de jeux, 58% l’ont été au format digital.

« La France est l’un des pays les plus attachés au physique », d’après Philippe Renaudin. Admettons. Reste que ces chiffres sont beaucoup moins convaincants pour Sony, qui cherche à présenter le passage au tout dématérialisé comme un choix des consommateurs eux-mêmes. Une affirmation, d’ailleurs, que le directeur marketing de Micromania réfute : « Aujourd’hui, on est toujours à commercialiser majoritairement des jeux physiques, y compris sur le format PlayStation. », glisse-t-il, rappelant au passage que l’enseigne commercialise également depuis quelques années du contenu numérique.
Sur le même sujet — Mort du format physique : après le jeu vidéo, Sony condamne ses lecteurs DVD Blu-ray
Soit, mais toujours est-il que Sony vend majoritairement des jeux dématérialisés aujourd’hui et que, malgré un bref passage sur le marché PC, la firme est présente uniquement sur le marché console. Aussi, ces 85% de jeux numérique sont la preuve formelle que les joueurs, ceux qui de toute manière ne se rendent pas en magasin, ont fait leur choix… non ? Peut-être. Mais encore faudrait-il se poser la question du pourquoi. Bien sûr, le confort et la facilité d’usage est très probablement un paramètre à prendre en compte. L’offre même de Sony en est certainement une autre.
Dans ses propres résultats financiers, l’éditeur prend bien soin de ne pas communiquer le nombre exact de jeux, et donc la part entre physique et dématérialisé, disponibles sur sa console. Internet a donc fait ses petites recherches et, s’il faut bien évidemment prendre ces chiffres non officiels avec d’énormes pincettes, le constat, lui, est très plausible. Sur les 7451 jeux disponibles sur le PS Store en juillet 2026,1120 proposaient une version physique, soit seulement 15%. Si les joueurs PS5 achètent du dématérialisé, c’est parce que Sony a passé ces dernières années à largement pousser ce format au détriment du physique.
Did more digging.
It gets worse.
I decided to compare, isolating the PS5 Platform as a comparison. How many more digital exclusive games are there? and does it correlate with the 85% number?
There are, at this point in time, about 1,120 PRINTED PS5 games (give or take). We are… https://t.co/hRhz6Ohno3
— Canadian Guy Eh (@Canadianguyehh) July 3, 2026
Sony se trompe sur le tout dématérialisé
La raison est connue de tous. Pour le même jeu, la marge générée par le format dématérialisé est largement supérieure à celle du format physique : 70% contre 50%, selon une étude datant de 2020 menée par l’analyste Serkan Toto. Depuis 2019, le chiffre d’affaires de PlayStation connaît une hausse ininterrompue. Dans le même temps, la part des ventes de jeux physiques n’a cessé de baisser, tandis que celles des jeux dématérialisés, du contenu additionnel et des autres “services réseau” (microtransactions, abonnement au PS Plus, etc.) a continuellement augmenté.
Qu’importe, dès lors, que les joueurs y perdent largement au change. « On voit aussi le contexte économique, le pouvoir d’achat, c’est quand même pas neutre aujourd’hui », fustige Philippe Renaudin .« Le marché de l’occasion, […] c’est aussi redonner du pouvoir d’achat aux joueurs pour pouvoir justement racheter de la nouveauté. », ajoute-t-il en pointant l’un des principaux arguments des défenseurs du physique — en plus de la perte de la propriété de nos jeux.
Taquin, le directeur marketing rappelle également que Xbox a déjà tenté l’expérience du tout dématérialisé. « On voit bien où est-ce qu’il en est aujourd’hui et ce qu’il représente. », lâche-t-il derrière un sourire. Depuis, le paysage vidéoludique a largement changé. Mais les joueurs ? Pas si sûr. « Un artiste musical a besoin du concert, il a besoin de quelque chose de physique dans sa relation avec ses fans », note Philippe Renaudin. « Preuve s’il en est qu’un fan aussi a besoin de partager quelque chose de manière aussi viscérale et physique avec le reste de la communauté, avec les franchises. »
Quand on lui demande si l’avenir du jeu vidéo est le 100% dématérialisé, celui-ci est formel : « Non, je ne pense pas. Je suis très prudent sur le tout, le rien. Quand il y a le début de l’e-commerce, c’était la fin du commerce. Aujourd’hui, on voit très bien que ce n’est pas le cas. Ce qui fonctionne dans l’e-commerce, c’est la complémentarité avec les magasins. Ça paraît évident pour tout le monde, mais si on se replonge en arrière, l’arrivée de l’e-commerce, c’était la fin du commerce physique. » Fort heureusement, ni Amazon, ni Sony ne dominent encore le monde.
Interrogé sur le sujet, Sony n’a pas encore répondu à nos demandes d’interview.

