Freebox V7 : pourquoi on peut déjà s’attendre à être déçu

Maj. le 4 mai 2018 à 12 h 05 min

La Freebox V7 devrait sortir, si tout va bien, dans les prochaines semaines. Une box dont on attend beaucoup sans bien comprendre en quoi elle peut renouveler l’exploit d’une Freebox V6 qui a su engranger les recrutements et montrer une voie suivie par la concurrence. Dans cette tribune nous explorons les raisons d’une déception déjà annoncée. 

freebox v7

Comme vous, sans doute, on attend avec impatience de savoir ce que Xavier Niel nous réserve pour la Freebox V7. On commence à deviner quelques informations sans réellement pouvoir dire quelle sera vraiment sa fiche technique. D’emblée, précisons-le, deviner ses caractéristiques intrinsèques n’est pas vraiment l’objet de cette tribune. Mais plutôt de comprendre pourquoi, au juste, cette box, un « banal » routeur internet et son mediacenter, est-elle si attendue ? Et pourquoi il ne faut pas s’attendre à un « coup » du niveau de la Freebox V6.

Freebox V1, V3, V5 et V6 : retour sur les révolutions made in Free

Retour en arrière, on est en 2002 : vous faisiez peut-être vous aussi parti de ceux qui alors attendaient avec impatience le facteur en espérant recevoir enfin la première box de Free. Celle qui était la première dans le monde à donner accès à une offre triple-play : aussi bien internet (en xDSL) que la téléphonie VoIP et la télévision. Cette première vraie révolution pour le consommateur et pour l’industrie a eu un retentissement national et dans une certaine mesure international : en France, les principaux FAI ne proposent plus aujourd’hui que des accès internet via box.

L’intérêt de la Freebox est multiple. A l’époque on connecte généralement un seul ordinateur de la maison à internet. La première box permet déjà de profiter d’un accès en ethernet plutôt qu’en USB. Mais il faut y connecter directement l’ordinateur et la TV, ce qui est assez peu pratique pour choisir son emplacement. Progressivement, les box accompagnent le besoin de connecter plus d’ordinateurs de la maison ensemble. Qui ne sont pas forcément situés près les uns des autres. Le besoin d’un routeur avec WiFi se fait donc sentir.

En 2003 sort ainsi la Freebox V3 qui permet à la fois de se brancher directement sur la TV et de connecter ses appareils en WiFi 802.11g. La Freebox HD (V5) se compose désormais de deux box, l’une dédiée à l’accès internet et à la téléphonie, l’autre, pour la TV, les deux étant connectées sans fil ou via un boîtier CPL. Sur toutes ces générations il faut se contenter d’un afficheur à segments peu bavard et d’une gestion à distance via le site de Free.

Puis sort la V6 « Révolution » en 2010, on a là encore deux boîtiers, mais ils sont dessinés par Philippe Stark. Le boîtier principal a un afficheur OLED très pratique permettant de naviguer dans des menus et de contrôler certains aspects de la box. La gestion n’est plus à distance, on peut directement se connecter à la Freebox qui a un OS dédié (basé sur Linux), FreeboxOS. Il propose aux utilisateurs de nombreuses fonctionnalités très avancées pour des routeurs grand public.

Le boîtier Player est aussi beaucoup plus complet, et donne accès à des fonctionnalités dignes de mediacenters tiers, en plus d’un lecteur Blu-ray (alors que la technologie émerge à peine). La télécommande sans fil est également très agréable à utiliser pour la navigation. Le saut réalisé par la Freebox V6 est très important. Beaucoup plus que les générations précédentes qui donnaient davantage l’impression d’expérimenter pour trouver la meilleure formule pour les clients de l’opérateur.

La Freebox V7 sort un peu tard

La dernière Freebox, la V6 « Revolution » sortait en 2010. Nous sommes huit ans plus tard, et le contexte a bien changé : tous les opérateurs ont fini par lancer des box triple play, avec des services très similaires d’un opérateur à un autre. Aujourd’hui, la Freebox V6 garde un peu d’avance, notamment parce que FreeboxOS est plus souple pour l’utilisateur. Mais avec une telle longévité, ses avantages sont de moins en moins évidents. Et Free recrute moins d’abonnés sur le fixe, il est donc temps de sortir une nouvelle Freebox !

Pourtant, plus on lit des brevets, et rumeurs autour de la V7, plus on s’inquiète. La dernière news en date qui m’a pratiquement mis la chair de poule – j’exagère à peine – c’est d’apprendre que Free teste son propre assistant personnel, et le mot « Ok Freebox ». Avec l’avénement des objets connectés, des assistants personnels tels que Google Assistant, Alexa, et des expériences complètement ratées pour tenter de les imiter (l’exemple le plus éclatant est sans doute, en la matière, Bixby), il y a de quoi déjà douter de l’utilité finale de cet assistant.

Google Assistant, Alexa, ou même Siri, ont mis des années à s’enrichir de nouvelles aptitudes, et ne deviennent réellement pratiques que depuis peu. Surtout, Google, Amazon et Apple ont mis en place un écosystème vertueux qui donne une vaste offre d’accessoires que l’on peut commander à la voix. Un écosystème qui n’existe qu’en raison de leur puissance et leur positionnement international. Pas sûr que Free, l’opérateur Français, puisse autant convaincre s’il faisait cavalier seul pour développer ses propres alternatives maison. Pas sûr non plus que ses accessoires maison fassent vraiment le poids, ou comblent un réel besoin.

La fin d’un cycle d’innovation, et peu d’investissements

Free tease pourtant “une box disruptive qui ne correspond à rien de ce qui existe déjà”, comme l’a affirmé Xavier Niel. Cette déclaration et le développement de FreeboxOS pour la v6 en plus de déclarations de Xiavier Niel en ce sens nous laisse penser que Free ne fera pas le choix d’une box Android, mais là encore d’une solution avec un OS maison. Pourquoi pas, mais avec quel budget pour le développer ?

Depuis longtemps, la firme répète ainsi qu’elle investit presque l’intégralité de ses marges dans le réseau, comme l’affirmait en 2013 Thomas Reynaud, directeur général délégué d’Iliad : « Nous faisons le choix de réinvestir nos marges financières quasiment intégralement dans nos investissements. Nous donnons la priorité à la croissance et au déploiement de notre réseau ».

Le cycle d’innovation est donc long, et la part des investissements en recherche et développement est difficile à estimer, mais semble incomparable à celle qu’y consacrent des entreprises auxquelles vous pensez sans doute déjà pour gérer la partie multimédia du salon. Et disons-le sans détour : innover coûte cher, surtout dans un marché qui atteint sa maturité.

La Freebox V7 ne peut que réinventer ce que font déjà des box et mediacenters alternatifs

Et c’est justement pour cela que la nouvelle Freebox risque de tous nous décevoir. Perçue déjà comme une nouvelle révolution, on se demande bien ce qu’elle cherche à révolutionner. La box internet sert de routeur, et on peut lui ajouter des fonctionnalités avancées comme un espace de stockage ou cloud personnel, et l’accès à divers réglages, par exemple pour créer soi-même des VLAN à la maison, ou pour configurer un client VPN au niveau de la box (et pas simplement se servir de la box comme d’un serveur VPN). Rien d’indispensable.

Côté player, difficile de réinventer l’eau tiède, alors que les box Android sont légion, et proposent une offre extrêmement complète à l’instar de la Nvidia Shield TV, Roku ou le Fire TV. Sans parler des innombrables autres box où l’on peut installer Kodi, ou encore d’autres solutions de streaming de contenus comme le Chromecast ou l’Apple TV. On observe avec attention l’opérateur suisse de Xavier Niel, Salt, qui a cassé les prix avec une offre 10 Gb/s et une box qui est finalement assez banale et repose sur une Apple TV pour la partie mediacenter.

Positionnement Premium et abonnement plus cher ?

Plusieurs indices semblent indiquer par ailleurs que cette nouvelle Freebox V7 sera positionnée sur le segment haut de gamme. Tout du moins l’une de ces box puisqu’à en croire les déclarations au détour de l’annonce des résultats 2017 il y aura en fait deux déclinaisons de la Freebox V7. On sait par exemple que la V7 viendrait avec une barre de son Devialet. La marque est connue pour ses enceintes très haut de gamme très high-tech et surtout très chères.

Il y a aussi la question de l’accès internet lui-même. Au vu de la présentation de la box de Salt capable de débits à 10 Gb/s on peut tout à fait imaginer que Free propose la même chose en France, sous réserve d’une augmentation du prix de l’abonnement. La star sera peut-être donc, en fin de compte, davantage le débit que la box elle même. Plus chère, et pas vraiment révolutionnaire, la déception risque donc, vous le voyez, d’être à la hauteur de la révolution qu’était la V6… Et vous, pensez-vous que Free peut encore nous surprendre ? Partagez votre avis dans les commentaires !

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