Téléchargement et streaming : l’Arcom peut-elle vous tracer si vous utilisez un VPN ?
Un VPN permet de masquer votre adresse IP lorsque vous téléchargez des fichiers ou regardez des vidéos en streaming. Cela rend votre identification plus difficile, y compris dans le cadre de la lutte contre le piratage. Peut-on pour autant compter sur cet outil pour échapper à l’Arcom ?
L’autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) a remplacé l’Hadopi. Elle a donc pris le relais dans la lutte contre le piratage. Vous utilisez un VPN et vous vous demandez si cette institution peut encore savoir qui vous êtes ?
La question se pose notamment pour ceux qui téléchargent des films ou des séries sur les réseaux de torrents. Les adresses IP y sont accessibles aux autres participants, ce qui permet aux ayants droit de voir celles qui partagent leurs œuvres.
Pour échapper à ce suivi, certains utilisateurs ont recours à un VPN pour la simple raison qu’il remplace leur adresse IP par celle d’un serveur VPN intermédiaire. C’est cette IP qui devient visible par les autres membres.
Le principe est assez simple à comprendre, mais un téléchargement sur BitTorrent et une vidéo regardée sur un site de streaming pirate fonctionnent différemment. Pour savoir ce qu’un VPN change dans chaque cas, il faut d’abord comprendre comment l’Arcom obtient les coordonnées d’un abonné.
Comment l’Arcom retrouve-t-elle les personnes qui téléchargent des torrents ?
Avec BitTorrent, votre ordinateur ou smartphone ne télécharge pas directement un fichier depuis un seul serveur. L’application de téléchargement rassemble différentes parties de ce fichier auprès de plusieurs utilisateurs qui l’hébergent. Votre appareil intègre par la même occasion le réseau et partage les morceaux déjà téléchargés avec d’autres internautes. C’est le principe du pair à pair, également appelé P2P.
Les ayants droit ont eux aussi la possibilité de rejoindre ces échanges pour repérer les œuvres partagées sans leur autorisation. Des agents habilités relèvent l’adresse IP des connexions utilisées pour partager les œuvres, avec la date et l’heure des échanges. Ils récupèrent également un extrait du fichier pour documenter le partage, puis transmettent le constat à l’Arcom.
Cette dernière peut alors demander au fournisseur d’accès les coordonnées de l’abonné auquel cette adresse IP correspondait au moment du relevé, dans les conditions prévues par le droit.
C’est donc le titulaire de l’abonnement Internet qui est identifié à ce stade. Si un proche a téléchargé depuis votre Wi-Fi, un avertissement peut vous parvenir alors que vous n’avez vous-même rien téléchargé. La procédure prévoit en effet une obligation de veiller à ce que votre connexion ne serve pas à partager des œuvres sans autorisation.
Avec un VPN, quelle adresse IP peut être relevée ?
Lorsque les échanges passent par un VPN, les autres participants voient l’adresse IP du serveur auquel vous êtes connecté. Un relevé effectué sur le réseau torrent conduit alors à ce serveur. Il ne fournit plus directement l’adresse attribuée à votre box par votre opérateur.
Cela suppose toutefois que le logiciel de téléchargement passe effectivement par le VPN. Certains VPN permettent par exemple de choisir les applications qui passent par leur tunnel, et d’en exclure d’autres : c’est le Split Tunneling. Si votre client torrent en est exclu, ses échanges continuent d’utiliser votre connexion ordinaire.
Une coupure du VPN peut également exposer votre adresse IP si le téléchargement se poursuit en dehors du tunnel. C’est pour cette raison que les fournisseurs proposent également une fonction « kill switch ». Selon ses réglages et son fonctionnement, elle coupe le trafic lorsque la connexion au VPN est interrompue, vous évitant ainsi une exposition à votre insu.
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Streaming et téléchargement direct : l’Arcom agit autrement
La réponse graduée de l’Arcom concerne les mises à disposition d’œuvres sur les réseaux pair-à-pair. Sur un site de streaming, les autres spectateurs n’ont pas accès à votre adresse IP comme les participants à un partage BitTorrent.
Pour le streaming pirate comme pour le téléchargement direct, les ayants droit ne peuvent donc pas relever votre adresse IP en rejoignant un partage comme ils le font sur BitTorrent. Attention toutefois aux applications de streaming qui utilisent du P2P en arrière-plan. Leur fonctionnement reste celui d’un réseau de partage, même si l’interface ressemble à celle d’un lecteur vidéo.
Le site ou le service qui vous transmet le contenu peut toutefois connaître votre adresse IP. Avec un VPN correctement activé, c’est l’adresse du serveur VPN qui lui est transmise.
L’Arcom ne croise pas pour autant les bras dans la lutte contre le streaming pirate. Les ayants droit peuvent obtenir de la justice le blocage des services de diffusion illégale. L’Arcom intervient ensuite pour faire étendre ces mesures à de nouvelles adresses diffusant les mêmes contenus sans autorisation, notamment auprès des fournisseurs d’accès. Ces blocages sont de plus en plus courants ces derniers mois, notamment en ce qui concerne les sites de streaming sportifs.
Les fournisseurs de VPN sont aussi concernés par ces demandes de blocage. Un VPN peut donc, lui aussi, empêcher l’accès à certains services visés par une décision de justice.
L’Arcom peut-elle quand même remonter jusqu’à vous, même avec un VPN ?
En fonction du service utilisé, des informations liées à votre activité en ligne peuvent être conservées par le fournisseur, y compris des données qui peuvent permettre de remonter jusqu’à vous. Il n’y a donc pas de risque zéro.
La possibilité de relier une activité à un utilisateur dépend toutefois des données enregistrées, ainsi que des obligations légales du fournisseur. C’est tout l’intérêt des politiques « no logs », par lesquelles les fournisseurs s’engagent à ne pas conserver certaines traces de connexion de leurs utilisateurs.
Il faut toutefois regarder ce que couvre cet engagement et vérifier si le service fait régulièrement l’objet d’audits indépendants qui vont dans le sens du respect des promesses de confidentialité.

