Comment les nouvelles technologies nous ont rendus esclaves de notre travail

Maj. le 17 septembre 2015 à 1 h 23 min

Si aujourd’hui les nouvelles technologies font partie de notre quotidien. Nous les avons adoptées, intégrées, digérées, assimilées. Et si les PC, smartphones et tablettes sont des outils fantastiques, cela n’a pas échappé aux entreprises. Aujourd’hui tous ces produits high-tech ont transformé notre rapport au travail, à tel point qu’ils nous ont rendus esclaves de notre activité professionnelle.

Evidemment tout le monde n’est pas forcément concerné et nous analysons un phénomène ici qui touche certaines catégories professionnelles. Voici donc comment les nouvelles technologies nous ont rendu esclaves de notre travail.

nouvelles technologies esclave travail

Il était une fois le micro ordinateur

Durant les 50/60 dernières années, les habitudes de travail ont considérablement évolué. Nous sommes partis de la machine à écrire pour en arriver aujourd’hui aux smartphones et appareils connectés.

La première évolution majeure des espaces de travail a bien entendu été le micro ordinateur. Il prenait alors une place centrale sur les bureaux des employés et permettaient déjà d’accomplir des tâches quotidiennes.

C’est à cette époque que l’employé commence à ramener son travail chez lui. Les cadres pour la plupart étaient équipés à la maison d’un micro ordinateur. Et la magie de la disquette (même si elle était relativement imposante et qu’elle ne transportait que peu d’informations) a engendré cette première déviance dans la relation au travail. C’est alors que l’on voit apparaître de nouvelles formes de stress.

micro ordinateur

Le micro ordinateur était certes un outil formidable mais les employés n’étaient pas formés de manière poussée pour les utiliser. Cette incompétence a généré de nouvelles sources de stress : peur que le travail accompli soit effacé, plantage de l’ordinateur, disquette qui fonctionne mal etc.

Autant de nouveaux facteurs qui n’existaient pas auparavant. Il a fallu réapprendre à travailler et à adopter l’immatériel. Un dossier de 20 pages était auparavant tapé à la machine directement sur du papier, désormais il apparaît à l’écran. Psychologiquement il faut réapprendre les bases.

La révolution internet

Après des années à apprendre à dompter les micro ordinateurs, la révolution internet a débarqué. C’est à ce moment que les choses ont pris une tout autre ampleur tant dans la sphère privée que professionnelle.

Les choses étaient devenues incroyables : internet permettait non seulement de communiquer à l’autre bout du monde mais également d’échanger, de partager. Une interconnexion mondiale qui a forcément eu un impact énorme dans les entreprises.

L’email est le symbole de cette transformation du monde du travail. Si le fax a résisté dans certains secteurs d’activité, dans la plupart des bureaux l’email était une vraie révolution. Fini les délais d’envoi de courriers par exemple pour les documents importants. Tout commençait à s’accélérer.

esclave smartphone

Surtout qu’en parallèle émergeait la téléphonie mobile. Les employés commençaient tous à être connectés partout tout le temps : au bureau, à la maison, et du coup même en déplacement. Les moyens de communication ont commencé à changer pour faire toujours plus vite.

Exit les appels, un SMS permet d’aller droit au but sans perdre de temps avec des fioritures. L’email est devenu de plus en plus rapide et a permis de s’échanger des fichiers de plus en plus volumineux.

Tous ces échanges d’information en un temps record ont permis aux entreprises de gagner en productivité et de s’ouvrir au monde. Le revers de la médaille c’est que les employés ont commencé à être au service des technologies et non plus l’inverse. Et les choses ont franchi un nouveau palier avec les smartphones et tablettes.

La technologie a dépassé le maître

La naissance des smartphones a incontestablement donné une ampleur incroyable au phénomène. La naissance des premiers modèles (Blackberry était alors la référence) permettaient avant tout de pouvoir répondre partout et tout le temps aux emails. Une vraie révolution pour les professionnels qui pouvaient profiter des principales fonctions de leur ordinateur dans un téléphone portable avec clavier QWERTY ou AZERTY complet.

blackberry bold

C’est à ce moment précis que nous sommes devenus esclaves des nouvelles technologies. Être joignables, partout et à tout instant, et pouvoir effectuer des tâches qui n’étaient possibles jusqu’alors que depuis un bureau, ont ouvert les vannes aux entreprises pour faire de leurs employés des bêtes de productivité.

C’est à cette époque que le travail en mobilité a pris son envol. L’iPhone et l’iPad ensuite ont permis d’améliorer encore les conditions de travail en mobilité. Car l’iPhone et l’iPad ont transformé des objets jusqu’alors orientés professionnels en produits grand public. Ainsi, un employé connaissait déjà la technologie et savait utiliser son matériel puisqu’il en possédait à titre personnel.

Certaines entreprises ont alors surfé sur la vague du BYOD (Bring Your Own Device) c’est-à-dire en français « apportez vos propres appareils ». Le principe était simple : les employés étaient autorisés à utiliser leurs propres outils high-tech (PC, Mac, smartphone ou tablette) au bureau.

Mais comme ils leur appartenaient, les employeurs étaient assurés de les voir ramener les produits à la maison. Et inviter le travail à la maison est le meilleur moyen de rendre ses employés encore plus productifs

PC, smartphones et tablettes sont alors devenus les liens directs avec l’entreprise, et impossible de s’en détacher : ils sonnent, vibrent, émettent des petites lumières qui alertent nos sens. Nous regardons alors de quoi il en retourne et s’il s’agit du travail et que c’est important, le stress qui nous envahit nous pousse à nous mettre à la tâche.

D’autres entreprises ont choisi elles d’équiper leurs employés. Pas parce qu’elles sont sympathiques, non. L’objectif final est le même : l’entreprise offre des appareils high-tech (si possible haut de gamme) à ses employés, elle s’assure ainsi d’être en lien direct avec ses équipes à tout moment, n’importe où. Et comme elle a fait un super cadeau tendance l’employé s’estime redevable.

Vous pouvez vous en sortir

Cette invasion du travail dans la sphère privée est au coeur des débats ces derniers temps au gouvernement. Le Ministère du Travail va étudier le rapport Mettling, un document qui vise à analyser les transformations numériques dans le monde l’entreprise.

Car actuellement il est difficile pour certaines catégories professionnelles d’identifier le volume de travail fourni. Nombreux sont les cadres qui travaillent depuis la maison, le soir ou le week-end.

Le rapport Mettling (nom du directeur exécutif des RH chez Orange qui est l’auteur du rapport) vise donc à mettre en place un droit à la déconnexion. Cela consisterait à refuser l’obligation de rester connecté hors des horaires de bureau.

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Certaines entreprises comme Volkswagen ont instauré un système par exemple de coupure des serveurs d’emails entre 18h15 et 7h pour que ses employés ne se sentent pas envahis. Si en Allemagne ce sont des pratiques qui sont de plus en plus déployés en France nous n’en sommes qu’au début.

Néanmoins, se déconnecter relève aussi de la responsabilité de chacun et il s’agit avant tout d’adopter de nouveaux réflexes pour ne pas se laisser envahir. Et quoi de plus efficace pour se déconnecter que de tout débrancher ?

Eteignez tous les appareils qui vous lient à l’entreprise (smartphone, tablette, PC) et utilisez uniquement vos appareils personnels. Si votre smartphone professionnel est aussi votre smartphone personnel, vous pouvez filtrer les notifications. Être l’esclave de son travail à cause des nouvelles technologies ce n’est pas une fatalité, il suffit simplement d’accepter de décrocher.

Réagissez à cet article !
  • Humanz_CT

    J’ai un téléphone et un ordinateur de fonction, c’est pas pour autant que je me sens comme un esclave.

    Oui, ça m’arrive de checker mes emails pro, d’intervenir si jamais je vois un problème (et que j’ai rien d’autre à faire, c’est important !). Mais je sais me fixer des limites et si je me rends compte que mon intervention va prendre… disons plus de 15mn, je considère que cela rentre dans le cadre vraiment professionnel et je valide le temps passé sur cette intervention avec mon boss pour le compter dans mes heures (en règle général, ça finit par un « arrive plus tard demain matin » ou « tu repartiras plus tôt demain ! »).

    Donc l’un dans l’autre… On se rend service, c’est réciproque et non unilatéral comme de l’esclavagisme.

    • Romain Vitt

      Vous avez de la chance. Dans beaucoup d’entreprises ce n’est absolument pas comme ça. Je vois deux choses importantes dans votre expérience : d’abord vous savez vous imposer des limites, ensuite vous avez une relation avec votre employeur basée sur l’échange et la compréhension. Ce n’est pas le cas partout. Merci pour votre retour d’expérience en tout cas :)

      • Humanz_CT

        C’est pas vraiment basé sur l’échange et la compréhension pour être tout à fait franc… :D

        Pour simplifier, soit ça fonctionne comme ça et tout le monde est content, soit je préviens mon employeur que si le temps que je passe dessus n’est pas déduit de mon temps de travail, je le ferai… quand je serai au boulot.

        Quand c’est un problème bloquant qui pourrait impacter la productivité de la boite, c’est un argument de poids.

        Je pense juste que les gens ne doivent pas oublier que la boite a autant besoin d’eux que eux de la boite et ça, certains employeurs font tout pour le faire oublier…
        (Par contre, faut me tutoyer !)

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