Cette plateforme française a osé compter les écoutes de musique IA, c’est presque gênant
Les morceaux générés par intelligence artificielle s’accumulent sur les services de streaming depuis deux ans. Qobuz vient de déployer une étiquette pour les signaler directement dans son application. La plateforme française a publié dans la foulée des statistiques d’écoute peu flatteuses.

En deux ans, la musique créée par intelligence artificielle a envahi les catalogues de streaming. Quelques minutes suffisent aujourd’hui pour produire un titre complet et le mettre en ligne. Chaque jour, des dizaines de milliers de fichiers arrivent sur les serveurs des plateformes, publiés par des comptes anonymes lancés à la seule poursuite des royalties. Face à la grogne des artistes, un badge Spotify signale désormais les profils entièrement générés. Reste à mesurer l’ampleur réelle du phénomène, chiffres à l’appui.
Du côté français, l’outil de détection de Deezer vient d’être primé par Billboard. Qobuz emboîte le pas avec une approche bien plus visible. Son application affiche désormais une mention sur la fiche des morceaux et des albums repérés comme artificiels. Cette signalisation prolonge la charte de transparence publiée par la marque en février, aujourd’hui mise à jour.
Les titres générés par IA ne pèsent que 0,38 % des écoutes sur Qobuz
Le bilan chiffré est sans équivoque. Les titres identifiés comme générés par intelligence artificielle représentent 0,38 % des écoutes sur Qobuz, soit environ un stream sur 263. Selon le service, ce niveau tient à une sélection éditoriale entièrement humaine, très loin des logiques algorithmiques de recommandation. Plus d’un tiers des albums artificiels n’ont jamais enregistré la moindre écoute, soit près de quatre millions de morceaux, tous retirés du moteur de recherche interne. Personne ne les avait lancés.
La fraude complète le tableau. Sur Qobuz, 60 % des écoutes de titres générés par IA sont jugées frauduleuses et sortent du calcul des rémunérations versées aux ayants droit. Cette production ne vise donc pas un public, elle cherche les royalties à travers des lectures automatisées. En amont du paiement, les systèmes antifraude du service les écartent. Aucun outil ne détecte pourtant avec certitude une retouche partielle par la machine. L’entreprise le reconnaît dans sa charte et promet de faire évoluer ses critères au rythme des progrès techniques et des évolutions réglementaires du secteur musical. Quatre millions de morceaux pour zéro auditeur, le rendement reste tout de même discutable.