Windows : ce jeu culte des années 1990 a forcé Microsoft à réécrire le code de son OS
Les rapports de force ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Au milieu des années 1990, Microsoft doit réécrire le code source de Windows pour résoudre une erreur qu’il n’a même pas commise, mais qui entraîne le bug critique d’un jeu culte. Récit d’une anecdote pas si anodine – et plutôt méconnue – qui a façonné l’histoire du jeu vidéo.

Tout part d’une erreur classique de programmation. Nous sommes dans les années 1990. À cette époque, Microsoft travaille sur la prochaine version de son système d’exploitation : Windows 95. Mais les développeurs missionnés sur le projet se retrouvent contraints de réécrire le code source du futur système d’exploitation.
Pourquoi ? Parce qu’une erreur de programmation classique s’est nichée dans la version Windows originale de l’un des jeux phénomènes de l’époque. Elle entraîne un crash dudit jeu à chacun de ses démarrages. Et alors qu’on aurait pu penser qu’il revenait à son développeur de la corriger, c’est finalement Microsoft qui a réécrit le code source de son OS.
Mais qu’importe le succès colossal du jeu, on peut légitimement se demander : pourquoi est-ce le géant de Redmond qui a dû s’adapter pour corriger un bug qui n’émanait même pas de son système d’exploitation ? La raison à l’origine de cette décision d’apparence étrange ne relève en rien d’une simple courtoisie.
Le bug mythique de ce jeu est d’abord passé inaperçu
Avant toute chose, saurez-vous deviner de quel jeu culte il s’agit ? Voici quelques indices. Top :
- Je suis un titre sorti en 1989
- Je suis le fruit de l’imagination de Will Wright
- J’ai donné naissance à plusieurs suites emblématiques
- J’ai inspiré toute une génération de jeux de gestion
- Je suis à l’origine du genre des city-builders
Je suis… SimCity !

Et cette anecdote clé de l’histoire de la tech, on la doit à Joel Spolsky (ancien développeur chez Microsoft, respecté par la profession), qui la tient lui-même du responsable de ce bug majeur : Jon Ross.
Alors qu’il programme SimCity, Ross introduit par mégarde une erreur de programmation : un « use-after-free ». Grosso modo, le code libère un bloc de mémoire – indiquant alors au système qu’il n’en a plus besoin – avant de relire des données de ce même bloc.
Ce bug, présent depuis les origines du jeu, ne l’a pas empêché de rencontrer le succès qu’on lui connaît puisqu’il n’avait aucune incidence sur Windows 3.1 – soit la version de l’OS pour laquelle SimCity a été initialement développé. En effet, lorsque le titre libérait ce bloc de mémoire, le système d’exploitation se contentait de le maintenir intact, laissant à SimCity tout le loisir de le relire.
Or, sur Windows 95, c’était une tout autre histoire. C’est pendant les tests bêta de cette nouvelle version de l’OS que Microsoft s’est rendu compte que ce jeu PC encensé ne fonctionnait pas dessus : il plantait à chaque lancement.
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La logique implacable derrière la décision de Microsoft
C’est alors que les programmeurs de Windows 95 ont découvert le vieil use-after-free de Ross. Plutôt que de demander à Maxis, le studio derrière SimCity, de corriger ce bug critique, Microsoft a préféré adapter son propre système d’exploitation.
La logique commerciale derrière cette décision de prime abord étonnante est implacable. La firme de Redmond s’est mise à la place de l’utilisateur : si son jeu préféré – ici SimCity – fonctionne très bien sur Windows 3.x et devient inutilisable sur le nouvel OS, alors c’est de la faute de Windows 95 et il faut le déconseiller.
Pour éviter cette mauvaise presse, Microsoft a préféré plier. Et comme le souligne Make Tech Easier, SimCity n’est aujourd’hui qu’un titre parmi d’autres qui a bénéficié d’un accommodement discret de Windows à un jeu spécifique. Les programmeurs appellent cela des « mousses d’adaptation » – ou « shims ».
Aujourd’hui, ces bugs sont toujours là, cachés dans les tréfonds du code des jeux concernés, mais absorbés par l’OS afin que les titres auxquels ils sont associés continuent de fonctionner… pour le plus grand bonheur des joueurs (et éviter une énième polémique à l’encontre de Windows).