Amazon refuse de vendre ses eBook aux bibliothèques publiques car ça ne rapporte rien

 

Amazon tient à réaliser un profit maximum sur ses eBook. Les vendre aux bibliothèques ne rentre donc pas dans sa stratégie, puisqu’il est bien plus lucratif de les distribuer directement sur sa plateforme. Autre avantage : s’assurer un quasi-monopole sur le secteur face à une concurrence qui ne fait pas le poids.

Amazon Kindle
Crédits : James Tarbotton/Unsplash

En 2018, 90 % des bibliothèques publiques américaines ont permis l’emprunt d’eBook. Depuis quelques années, ce nouveau format connaît un succès grandissant auprès du public et des établissements les mettant à disposition. L’arrivée de la pandémie de COVID-19 a renforcé cette tendance, les abonnés ne pouvant plus se déplacer pour se procurer une copie physique. Les emprunts d’eBook et de livres audio ont ainsi augmenté de 40 % en 2020.

Difficile de ne pas penser à Amazon quand on pense aux livres digitaux. En lançant ses liseuses Kindle en 2007, le géant de e-commerce a largement contribué à rendre le concept populaire. Tellement populaire, qu’il n’a pas fallu longtemps à la firme pour se lancer dans la publication de ses propres bouquins, de par la marque Audible bien sûr, mais aussi Lake Union ou encore Thomas & Mercer. Aujourd’hui, ce sont plus 10 000 eBook Amazon qui sont disponibles, et bien plus de livres audio. C’est tout autant que la compagnie se refuse à vendre aux bibliothèques publiques.

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Amazon garde jalousement ses eBook pour lui

Pour la plupart des éditeurs, les bibliothèques publiques sont un élément essentiel dans leur stratégie de diffusion des livres. En réalité, Amazon est le seul à les laisser en dehors de ses canaux de distribution. Et pour cause : avec Kindle Unlimited, son offre d’abonnement lancée en 2014, la firme s’est construit sa propre bibliothèque. Pour 9,99 € par mois, les utilisateurs ont accès à plus d’un million de livres, soit un catalogue bien plus conséquent que celui d’une bibliothèque locale.

Bien entendu, Amazon ne se prive pas pour mettre en avant les livres sortis de ses maisons d’édition. En 2020, 6 des 10 eBook les mieux vendus sur Kindle sont des titres estampillés Amazon. Sans compter le programme Kindle Direct Publishing, qui permet aux écrivains anonymes de distribuer leurs écrits de manière complètement indépendante. Selon l’analyse Dan Lubart, la même année, Amazon a fait apparaître 238 de ses livres parmi les best-sellers Kindle, soit 10,9 % de la totalité des titres recensés. Un seul autre éditeur peut se targuer d’être apparu plus de 50 fois.

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Les bibliothèques publiques accusent Amazon de concurrence déloyale

Face au système autosuffisant et à l’influence majeure d’Amazon, les bibliothèques publiques peinent à se maintenir à flot. D’autant que l’achat d’eBook est un réel investissement pour ces établissements. Il faut compter entre 30 € et 60 € pour en acquérir, et parfois jusqu’à 100 € pour les plus populaires. Ils sont ainsi plusieurs bibliothécaires à dénoncer les tarifs trop élevés pour proposer un accès décent à leurs abonnés. En réponse, les éditeurs estiment que des prix plus bas feraient baisser leurs chiffres de vente directe au consommateur.

L’Association des Bibliothèques Américaines a déclaré devant le Congrès que les ventes digitales sont pour elles « le plus grand obstacle » du 21e siècle. Les élus ont déjà proposé des lois obligeant Amazon à vendre ses livres aux établissements publics. Ces dernières sont en cours d’examen au Sénat. De son côté, la firme de Jeff Bezos estime que « le modèle actuel de prêt au sein des bibliothèques digitales [n’] équilibre [pas] équitablement les intérêts des écrivains et des lecteurs ». Michelle Jeske, bibliothécaire à Denver, rétorque que « la société paye un lourd tribut. À combien de plateformes différentes une personne doit-elle s’abonner pour pouvoir lire tout ce qui l’intéresse ? Autrefois, il suffisait d’aller à la bibliothèque ».

Source : The Washington Post



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