Soigner par la pesanteur : le pari fou des chercheurs contre l’AVC et la sclérose en plaques
Des physiciens américains ont soumis des cellules humaines à une apesanteur simulée pendant vingt-quatre heures. Leur génome en est ressorti presque intact. Ce résultat nourrit une idée encore inhabituelle en médecine, celle d’une pesanteur administrée à dose contrôlée.

Le corps humain supporte mal les séjours prolongés hors de la Terre. Leurs muscles fondent, leurs os se fragilisent, leur vue se brouille. Une étude publiée au printemps a même détaillé le dérèglement du cerveau des astronautes d’Artemis II, incapable d’oublier la gravité terrestre. Chaque mission longue relance la même interrogation. Sur le génome lui-même, les données manquent encore. Que se passe-t-il exactement à l’intérieur de nos cellules ?
À l’échelle cellulaire, la question reste difficile à trancher. Travailler dans l’espace coûte cher et demeure exceptionnel, comme l’ont rappelé les premières radiographies réalisées en orbite lors de la mission Fram2. Sur Terre, les laboratoires font donc tourner leurs cultures sur elles-mêmes pour imiter l’apesanteur. Ce brassage engendre pourtant des courants dans le liquide. Personne ne savait vraiment séparer l’effet de la pesanteur de celui du remous.
Des essais cliniques testent la gravité artificielle pour rééduquer après un AVC
À l’université de New York, des physiciens ont bâti une machine à positionnement aléatoire. Elle fait croire à des cellules humaines qu’elles flottent. Selon leur étude publiée dans Science Advances, vingt-quatre heures de ce régime ne cassent pas l’ADN. Le noyau gonfle un peu, sans plus. Surtout, l’appareil supprime les remous du liquide, responsables de dégâts longtemps attribués à l’apesanteur elle-même. Les chercheurs mesurent enfin la pesanteur seule, et peuvent donc en faire varier l’intensité, la durée et la fréquence comme avec une molécule. Une seule journée d’observation suffit à rassurer, pas à conclure sur un trajet de plusieurs mois vers Mars.
Cette logique de dosage intéresse surtout la médecine terrestre. Privé de poids, un organisme se déprogramme, ses os se décalcifient et son sang circule autrement. Des médecins retournent le raisonnement. Appliquée par courtes séquences, une pesanteur renforcée pourrait réapprendre à un corps affaibli à porter sa propre masse. L’essai clinique GRACER1 teste cette approche auprès de personnes touchées par un AVC ou par une sclérose en plaques, allongées dans une centrifugeuse et pédalant pendant la rotation. Au Texas, la NASA finance de son côté des travaux comparables. Rien ne garantit encore un bénéfice mesurable. Aucune ordonnance n’existe pour l’instant.