Vos recherches Google livrées aux IA concurrentes ? La firme attaque l’Europe en justice
Google vient de porter devant le Tribunal de l’Union européenne deux décisions prises cet été par la Commission. Bruxelles veut forcer la firme à partager ses données de recherche et à ouvrir Android aux assistants concurrents. L’entreprise américaine invoque un danger pour la vie privée de ses utilisateurs.

Depuis son entrée en vigueur, le Digital Markets Act encadre les pratiques des plus grandes plateformes numériques sur le continent européen. Bruxelles ne se contente plus de rappeler les règles à respecter. Son régulateur enchaîne les procédures contre les géants américains, avec cet été une amende de 890 millions d’euros infligée au moteur de recherche et au Play Store. Chaque décision ouvre une bataille juridique. En pratique, les entreprises visées contestent presque systématiquement ces obligations devant les juridictions de l’Union.
Face à cette pression réglementaire, Google a déjà lâché du lest en Europe. La firme américaine a prévenu ses utilisateurs de la dégradation assumée de ses résultats de recherche. Deux décisions adoptées le 16 juillet 2026 vont beaucoup plus loin. Elles visent le cœur du modèle du groupe, ses requêtes et son système mobile.
Google doit ouvrir Android aux assistants IA concurrents et partager ses données de recherche dès janvier 2027
Google a déposé lundi deux recours devant le Tribunal de l’Union européenne, à Luxembourg. Oliver Bethell, directeur senior de la concurrence, a déclaré à Reuters que l’anonymisation imposée reste insuffisante. Selon lui, le partage de ces requêtes causerait un préjudice irréversible à la vie privée des Européens. Il ajoute que l’ouverture d’Android affaiblirait des protections de sécurité essentielles. La firme de Mountain View étudie aussi des demandes de suspension séparées.
Le premier texte oblige la marque à offrir aux assistants rivaux le même accès que Gemini à onze fonctions d’Android, dont l’activation vocale et le déclenchement d’actions dans les applications. La seconde décision impose de transmettre aux moteurs concurrents, y compris aux robots conversationnels, les données de requêtes et de clics des internautes. Ces informations doivent rester dépersonnalisées. Côté européen, la Commission assure que son dispositif a été bâti avec des spécialistes de la vie privée.
DuckDuckGo, dont le moteur de recherche ne piste pas ses utilisateurs, soutient le régulateur. Un porte-parole juge le cadre d’anonymisation solide et estime que Google ne gagnera que du temps. Le calendrier reste inchangé. Une procédure ne suspend pas automatiquement une décision de la Commission, et les échéances prévues pour 2027 s’appliqueront donc tant que le Tribunal de Luxembourg n’en aura pas décidé autrement.