Santé connectée : vos données personnelles sont-elles en danger ?

Maj. le 7 mai 2016 à 3 h 20 min

Les objets connectés sont désormais partout et permettent de nombreux usages. Ainsi, la santé est rapidement devenue l’une des nouvelles passions de nos chers constructeurs. Du nombre de pas quotidiens en passant par des prises de pouls plus ou moins bien efficaces, il s’agit d’un marché en devenir qui risque de modifier durablement notre rapport à la technologie.

Santé connectée, le début d'un business

Car demain, avec l’explosion du business des objets connectés, ce sont les compagnies d’assurances, voire les médecins eux-mêmes qui récupéreront ces précieuses données afin de proposer des forfaits adaptés pour les premiers et des consultations encore plus précises pour les seconds.

Mais comme toute avancée, qu’arriverait-il si quelqu’un de non-autorisé mettait la main sur ces statistiques personnelles ? Quels seront les futurs enjeux de la santé connectée ? Nous allons tenter d’y donner un début de réponses dans notre dossier.

Les origines de la santé connectée, bien avant les accessoires dédiés …

Aujourd’hui, on cite volontiers les smartwatches sous Android Wear, la montre Withings Activité, ou les bracelets Orbit ou Fitbit, mais ce serait oublié que nos smartphones sont « santé-friendly » depuis bien longtemps. Avec les accéléromètres, gyromètres, voire magnétomètres qu’ils utilisent. Ces derniers peuvent ainsi proposer une extrapolation de nos pas quotidiens grâce aux mouvements de l’appareil situé dans la poche ou le sac.

Orbit, un bracelet connecté
Le bracelet connecté Orbit

A la manière d’un podomètre, il devient possible de se faire une idée de son rythme journalier. D’ailleurs, de nombreuses applications exploitent ce type de données plus ou moins précises. Ainsi RunKeeper, sans utiliser quoi que ce soit d’autre qu’un smartphone, permet d’avoir accès à de nombreux éléments relatifs au footing (en exploitant aussi le GPS).

Autre usage, plus original encore, une appli comme Sleep as Android propose, en « écoutant » votre sommeil, le smartphone posé sur votre table de nuit, de vous donner un graphique relatif à vos périodes de sommeil et même de détecter les éventuelles apnées du sommeil. Dans ce cas, il est même possible d’émettre des mesures anti-ronflements.

La santé va ainsi de pair avec nos chers smartphones depuis de nombreuses années, bien au-delà des deux exemples cités ici.

Santé connectée, épisode 2

Mais les rapides exemples vus précédemment ne représentent que le niveau 1 de la santé connectée. Difficile de préciser exactement quand ce business s’est ouvertement développé. Nous retenons au moins deux étapes. La première concerne l’avènement des bracelets et montres connectés. Contrairement au smartphone, ces derniers figurent en permanence au poignet, ce qui change beaucoup de choses au niveau des mesures.

Le Nike Fuel Band
Le Fuel Band de Nike, un précurseur !

Il y a eu le précurseur, le Nike Fuel Band en 2013 puis d’autres dans la foulée. Fitbit, Misfit, Pulse O2 et Ox sont quelques-uns des bracelets qui proposent pêle-mêle de prendre la fréquence cardiaque, d’analyser le sommeil, compter vos pas, etc. Dans leur sillage, ce sont ensuite les montres connectées avec l’exemple de Android Wear, le système dédié de Google, qui commencent à inonder un marché qui n’en est encore qu’au commencement.

L’autre appel fort que nous retenons concerne Samsung et Apple. Samsung inaugure avec son Galaxy S4 (avril 2013) l’application native S Health. Cette dernière propose de nombreux indicateurs plus ou moins pertinents comme la musculation, le bilan de l’environnement (baromètre et thermomètre intégrés !), la course à pied. Il devient possible d’afficher sous forme de widgets les informations voulues à l’écran de son smartphone.

Dans la même mouvance, Apple lançait avec iOS 8 (septembre 2014), l’app Santé qui compile non seulement des API (HealthKit) pour les développeurs mais cherche aussi à stocker toutes informations relatives à la santé au sein du smartphone. Une nouvelle ère débute alors et nous n’en voyons probablement que les prémices.

Les nouveaux acteurs de la e-santé

Même s’il est probable que la santé connectée n’en soit qu’à la « préhistoire », les premières interrogations se posent déjà. Rabelais disait que la « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Aussi, à l’heure où chaque acteur du high-tech y va de son bracelet ou de sa smartwatch avec ses applications dédiées, le marché intéresse aussi les assurances.

Withings Pulse O2, le bracelet
Withings présente son Pulse O2

Et il ne s’agit pas de science-fiction, l’année dernière Axa s’est ainsi associé à Withings afin d’offrir des Pulse O2 aux premiers souscripteurs de Modulango. Plusieurs rétributions (chèques santé) étaient même prévu suivant le nombre de pas effectués par jour (à partir de 7000). Axa est d’ailleurs l’un des groupes qui s’intéresse de près au secteur des services connectés, mais ce n’est pas le seul.

Une étude du cabinet Roland Berger (septembre 2014) pointait déjà du doigt que les géants de l’Internet seront probablement les grands gagnants de l’avènement de la santé connectée. Le rapport revient d’ailleurs sur l’importance qu’auront des constructeurs comme Apple et Samsung (et bien d’autres) dans la collecte de données relatives à l’e-santé.

Ce point pose d’ailleurs la question de la sécurité des statistiques ainsi collectées et de l’anonymat des individus.

Une nouvelle forme de piratage ? les statistiques de santé

Si le boom des objets connectés liés à la santé intervient bien comme attendu, la question du piratage des données issues d’une smartwatch ou d’un bracelet va se poser. La technologie actuelle nécessite dans l’immense majorité des cas de posséder un smartphone qui communique via un profil Bluetooth LE (Low Energy) avec l’accessoire connecté. Or cette liaison est vulnérable par un manque connu de sécurité.

Motorola Moto 360 et la santé connectée

Une telle interception est déjà possible aujourd’hui, comme vu précédemment, or que se passerait-il si toutes vos statistiques de santé (et plus encore) étaient volées par une tierce personne ? On peut supposer que ces pirates d’un nouveau genre alimenteraient un commerce alternatif de données personnelles, à l’image de ce qu’il se passe déjà avec les vols de numéros de carte bleue.

Contrairement à la carte bleue, il s’agit d’informations hautement personnelles, voire sensibles

Quel avenir possible pour le marché de la santé connectée

L’ère des objets connectés liés à la santé n’en est qu’à ses balbutiements (à l’image du système Android Wear), aussi il reste très difficile d’en prévoir sa destinée. Dans tous les cas, il conviendra de sécuriser la connexion sans fil entre ces merveilleux objets. Car si un nouveau marché se développe, nul doute qu’il suscitera bien des convoitises de la part du côté obscur.

Le vol de données personnelles est probablement la prochaine menace d’envergure à l’air du tout dématérialisé.

L’autre élément important concerne la régulation de ce phénomène qu’on ne peut plus nier. Les simple gadget est en passe de devenir un accessoire central de nos modes de vie, au moins au niveau des efforts physiques basiques. L’arrivée de Apple sur le créneau de la smartwatch cette année devrait aussi réveiller les acteurs du marché.

Apple Watch et la santé connectée
l’Apple Watch sera disponible au courant de l’année

Bracelets et autres montres connectés peuvent ainsi enregistrer bon nombre de statistiques de la vie courante, ce qui pourrait être d’une grande aide pour les médecins.

L’Ordre des médecins s’est d’ailleurs saisi de cette question ces derniers jours et demande une régulation officielle de ces nouveaux usages. L’idée va plutôt dans le bon sens car l’appareil ne saurait se substituer à un professionnel de la santé en cas de pathologie et les constructeurs accompagnés des géants du web sont en train de se constituer un gigantesque fichier de données.

Faut-il s’attendre à voir émerger de nouveaux types de médecins généralistes ? Le docteur pourrait ainsi demander à son patient l’accès à sa smartwatch afin de vérifier la condition physique de ce dernier et aider à établir le bon diagnostic. L’autre question réside dans l’utilisation faite de ces données par les compagnies d’assurances, mutuelles et autres professionnels de la santé.

Est-ce qu’une ère de nouvelles discriminations arrive ? Suivant les statistiques liées à votre condition physique, une mutuelle de santé pourrait ainsi choisir de faire payer plus ou moins l’assuré. Ce sont ces quelques cas qu’il faudra veiller à encadrer bien assez vite afin d’éviter les dérives pendant qu’il en est encore temps.

Chaque technologie a les défauts de ses qualités. Comme le disait Rabelais, science sans conscience …

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