Les océans gardaient un secret vieux de 320 millions d’années sur les pôles de la Terre
Les pôles géographiques de la Terre n’ont jamais été aussi fixes qu’on l’imagine. De nouveaux travaux montrent qu’ils se sont déplacés par à-coups pendant des centaines de millions d’années. Les océans anciens ont conservé la mémoire de ces basculements.

Notre monde passe souvent pour un repère immobile. Son axe de rotation garde une inclinaison de 23,4 degrés par rapport au plan de son orbite. Chaque caractéristique physique d’un astre intéresse pourtant les spécialistes de l’habitabilité, à commencer par la taille minimale d’une planète rocheuse capable de garder son atmosphère. Sous nos pieds, la distribution des continents compte tout autant. Elle déséquilibre sans cesse la masse du globe.
Pour savoir si les pôles terrestres ont bougé dans un lointain passé, les chercheurs se sont longtemps appuyés sur le paléomagnétisme, c’est-à-dire les traces magnétiques figées dans les roches. Cette méthode donne des résultats contradictoires, et les spécialistes y distinguent mal l’empreinte de la tectonique des plaques. D’autres travaux misent sur la modélisation numérique, comme le sort réservé à l’hypothétique lune de Vénus. Une équipe norvégienne a emprunté une troisième voie. Elle a interrogé le niveau des mers.
Les pôles de la Terre ont changé de place à quatre reprises en 320 millions d’années
Mathew Domeier et son équipe, ont remonté la trace de ces basculements. L’axe de rotation de la Terre, lui, ne bouge pas. Ce sont la croûte et le manteau qui glissent tout entiers par-dessus le noyau, comme la peau d’une orange tournerait autour de sa pulpe. Trop de masse d’un côté déséquilibre la planète. Elle se replace alors pour continuer à tourner sans à-coups. Chaque glissement laisse une empreinte dans les mers, dont le niveau monte sur une moitié du globe et recule sur l’autre. Leurs résultats, parus dans la revue Science, recensent quatre épisodes de ce type.
Au plus fort de ces épisodes, les pôles ont dérivé de 0,6 degré par million d’années. Le chiffre semble ridicule. Rapporté à la vitesse des plaques tectoniques, il tient pourtant du sprint, et les géologues croyaient jusqu’ici ces glissements beaucoup plus mous. Ce travail disculpe en revanche la Pangée. Sa migration vers le nord relevait du seul jeu des continents. Un basculement de cette ampleur emporte des régions entières vers d’autres latitudes. Leur climat change, et la circulation de l’atmosphère avec lui. Dinosaures puis primates ont vécu au rythme de ces remaniements.