Les smartphones nous rendent-ils plus bêtes ?

Les jeunes comme les adultes passent désormais leurs temps la tête penchée sur leurs smartphones, à tel point que l’on commence à s’inquiéter pour l’avenir. Mais est-ce qu’il est vrai que les smartphones nous rendraient progressivement plus bêtes ? Analysons.

« Gamin, ferme donc ce livre et va jouer dehors ! » n’a jamais été une phrase très répandue. Toutefois, à mesure que les technologies ont conquis notre quotidien, cette phrase terriblement clichée s’est répandue comme une traînée de poudre.

De l’ordinateur aux consoles de jeux, les parents s’inquiètent de voir leurs progénitures de plus en plus recluses face à leurs appareils électroniques. Le dernier grand démon en date ? Le smartphone, bien évidemment, qui semble collé à la main de bons nombres de personnes.

Les générations X et Y, comme ont tendance à les appeler les chercheurs et la presse, seraient ainsi devenues plus bête, plus assistée, plus accro à mesure que les téléphones portables se sont démocratisés. Faut-il pour autant tirer la sonnette d’alarme ? Voyons voir cela.

Meilleur compagnon au quotidien

Les anciennes générations ont du mal à comprendre l’utilisation des smartphones, mais il faut dire qu’elle passe à côté de l’essentiel : ceux-ci sont devenus de véritables assistants de poche, et ont révolutionné de nombreux aspects de notre vie.

C’est bien simple : il est désormais impossible d’être perdu de nos jours. Avec Google Maps, prévoir un trajet longtemps à l’avance, même à pieds, est devenu d’une facilité déconcertante. Grâce à lui, de nombreux rendez-vous dans des villes inconnues n’ont pas été ratés.

Ce n’est pas tout, puisque nos environnements se sont également adaptés à cet outil. Aujourd’hui, pour connaître l’horaire d’un bus, il n’y a plus à attendre et tenter de lire une carte compliquée dans un arrêt : il suffit de flasher un simple code pour avoir accès à l’horaire précis de passage, ou même réserver son billet de train.

Une information vous échappe ? Une recherche rapide vous permet de tout retrouver en un instant. Se réveiller tôt demain ? Ok Google, lance une alarme pour mon entretien d’embauche de demain. On s’ennuie un peu ? Des tonnes de jeux gratuits vous attendent pour vous faire passer le temps.

L’aspect social, qui fascine autant qu’il effraie

Les détracteurs du smartphone sont souvent choqués par un seul aspect de leur utilisation : le social. Il faut dire qu’avec l’avènement des réseaux sociaux comme Facebook mais surtout Snapchat et ses stories, les anciennes générations ont bien vite été perdues.

Les SMS ont en effet été troqués pour des applications de discussions instantanées bien plus complètes comme WhatsApp et consorts, dont les fonctionnalités s’orientent bien plus autour de la photo, de la vidéo et des émojis plutôt que le texte.

En soi, la sociabilisation sur les smartphones est omniprésente et répond à une nouvelle manière de communiquer : la narration. Plutôt que de décrire simplement ce que l’on fait, les utilisateurs de smartphones et de leurs réseaux sociaux ont à présent tendance à narrer leurs aventures.

Cette sublimation du quotidien peut choquer, mais elle est devenue normale à présent. Beaucoup sont choqués de voir les jeunes partager leurs vies sur les réseaux plutôt qu’autour d’un bon verre (de chocolat chaud bien évidemment), mais il faut voir que ceux-ci ne sont pas dupes.

Tous savent qu’il ne s’agit-là que de poudres aux yeux, et utilisent plutôt cette narration pour lancer une conversation et découvrir les autres. En soit, il s’agit véritablement d’une nouvelle forme de dialogue, comme une « publicité sur soi » qui permet d’approcher les autres avec plus d’aisance.

La dépendance, coeur du sujet

Pour tous les maux qu’on lui met sur le dos, le smartphone n’est pas réellement responsable. En effet, l’appareil n’a pas pour vertu de vous rendre accro, ou de gêner votre concentration : il se contente d’être disponible, et vous êtes seul maître de l’attention que vous lui portez.

Personne ne vous oblige à utiliser votre smartphone. C’est un réflexe qui a pourtant été acquis par beaucoup. On pointe souvent le doigt sur les adolescents, constamment penchés sur leurs téléphones.

Mais il s’agit-là d’un réflexe naturel : l’adolescence est une période sociale importante pour les êtres humains, pendant laquelle l’enfant voit ses liens exploser. Le smartphone n’en est qu’un miroir, comme les téléphones fixes qui étaient agrippés par les adolescents des générations précédentes.

Les adultes ne sont pas non plus en marge sur ce mouvement : avec l’outil informatique, c’est une course à la productivité qui s’est lancée par laquelle l’utilisation des smartphones s’exprime. Avec la possibilité de regarder ses mails directement sur son téléphone et travailler à partir de nombreux appareils, on ne quitte plus vraiment le bureau.

Dans cet attachement, cette dépendance à l’outil, c’est notre société qui s’exprime bien plus que le fait d’être réellement accro à son téléphone. L’addiction est possible, bien sûr, comme en toute chose de la vie : mais c’est une affliction que vous subirez de votre plein gré, poussée par le rythme effréné de notre quotidien.

L’assistanat n’est qu’un mensonge

La « génération smartphone » se veut être une génération d’assistée, due au fait que le cliché veut qu’à pouvoir accéder à Google partout grâce à eux, nous ne réfléchirions plus par nous-mêmes. Un constat facile à tirer, mais qui n’est pas pour autant vrai.

C’est par une étude réalisée par l’Université de Waterloo, qui veut que les gens soient devenus intellectuellement paresseux, que l’on peut le démontrer et quand bien même, ironiquement, elle cherchait à prouver l’inverse.

Sur un panel de 660 participants, l’étude a démontré que les individus qualifiés de « penseurs intuitifs », qui ont tendance à privilégier l’instinct à la réflexion, auront plus tendance à sortir leurs téléphones pour faire une recherche rapide que les penseurs dits « analytiques » qui utiliseront leur logique pour résoudre un problème.

Leur commentaire sur leurs résultats ? « Les individus qui sont relativement moins disposés et/ou capables d’engager un processus de raisonnement laborieux compenseraient par une plus grande dépendance à Internet sur leur smartphone« .

Autant résumer en disant simplement que ceux aimant réfléchir par eux-mêmes réfléchiront toujours par eux-mêmes, quand ceux privilégiant les actes ne se formaliseront pas d’aller chercher leurs informations ailleurs.

Le smartphone n’a absolument rien changé à ces questions de personnalités : ils offrent simplement une autre voix que celui du bouche-à-oreille pour des personnes qui autrement auraient seulement répété les avis des autres.

N’est-ce pas là une bonne évolution ? Internet a bien plus de chance de fournir un avis bien moins contrasté sur un fait, ou offrir plusieurs angles de réflexion par lesquels ces personnes pourraient être motivées à réfléchir par eux-mêmes.

Le trouble de l’attention est réel

C’est sur le trouble de l’attention que les smartphones ont un réel impact. Avoir un smartphone à côté de soi tend à perturber la concentration de n’importe quel être humain, puisqu’il reçoit de nombreuses notifications par jour.

Le smartphone n’étant que l’extension de sa propre vie, on aura tendance à considérer toute notification comme importante de ce fait. Face à cela, nos cerveaux réagissent également en mettant en avant le fait d’être « multitâches ».

Et contrairement à notre cher système d’exploitation Android, nos cerveaux ne sont pas faits pour cela. Bien au contraire : ce que l’on appelle le multitâche n’est pour lui que de passer très rapidement d’une tâche à une autre comme le souligne le neurologue Earl Miller du MIT.

Selon lui, pour toutes ces petites tâches comme répondre à un email ou à un tweet, notre cerveau nous envoie une petite dose de dopamine (l’hormone de récompense) nous laissant penser qu’il s’agit de la bonne matière de gérer notre masse de travail.

Mais c’est une fausse idée, et nous prenons ainsi l’habitude de petites gratifications sans importance en laissant de côté un processus cognitif plus important qui nous permettrait de produire un travail de meilleure qualité. La perte mentale serait équivalente à un Homme après une nuit blanche ou sous l’emprise de la marijuana.

Voici le seul véritable penchant sur lequel le smartphone peut véritablement « rendre bête ». Et il est terriblement facile à éviter : concentrez-vous sur une tâche à la fois, en mettant en silencieux votre appareil pour ne pas être dérangé. C’est bien là la seule chose qui importe.

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Réagir à cet article

  • Le Perroquet

    Quelqu’un qui est con restera con smartphone ou pas…

    • Courgito Alf

      Peut-être que quelqu’un qui est con aura un accès facilité à plus de conneries. C’est ce que je me dis quand j’en vois me doubler à 150 tout en visionnant un film…

  • Christophe Molgatini

    C’est comme avec l’alcool et son addiction : mais parfois, mieux vaut être bourré que con, ça dure moins longtemps !

  • Courgito Alf

    Ces engins ont certes des possibilités nombreuses… mais je constate quand même que de nombreux utilisateurs (une majorité ?), jeunes ou pas, ignorent ces fonctionnalités. A se demander pourquoi ils y mettent 500€ et plus…
    Donc oui, un smartphone permet de ne jamais se perdre (par exemple). Mais non, un possesseur de smartphone ne sait pas pour autant s’orienter !

    • Arnaud Dupont

      comme dit notre cher ami, un smartphone, nous rend pas débiles pour autant si on sait l’utiliser :)

  • Teddy

    Mon avis. La réponse est : OUI

  • Arnaud Dupont

    moi même possesseur d’un nexus 5x, je trouve pas que les smartphones nous rendent débile dans la mesure où on sait se servir d’un téléphone. Oui il y a des avantages et des inconvénients mais il faut vivre avec son temps. Et arrêter avec les phrases clichées comme dit l’article. Personnellement je vois pas en quoi, un smartphone nous rend débile… c’est comme ci un livre nous rendait inculte donc a un moment il faut passer outre ces conneries. donc en conclusion un smartphone nous rend pas pour autant débile.

    • Courgito Alf

      Sans doute augmente-t-il les capacités de qui sait l’utiliser, et la connerie de celui qui est déjà con…

  • Ah ces « générations X et Y », aussi crédibles que la fameuse « économie digitale ». Toujours ce même discours exaspérant de « trucs de jeunes » pour caresser les plus âgés qui ne valent pas mieux dans le sens du poil. Du coup les vieux peuvent faire pire que les jeunes, comme en Floride où ce sont les plus touchés par les MST, mais OSEF. Bref on est tous pareils, de 7 à 77 ans.

    Les réseaux sociaux ne sont que des caisses de résonance, en particulier pour la connerie humaine. Ils savent montrer la connerie des gens bien mieux qu’autre chose, notamment lors de ces grands événements de connerie pure nommés « concours Facebook » où certains cons y ont laissé jusqu’à leur vie (#SélectionNaturelle).

    Quant au reste c’est vrai qu’il peut y avoir un « effet Google » consistant à délocaliser son cerveau sur Internet. On ne sait pas quelque chose ? On va le chercher sur Google quand on en a besoin plutôt que de l’apprendre.