SFR : Altice condamné à 80 millions d’euros d’amende pour ses petites magouilles entre amis

SFR vient d’être condamné à une amende de 80 millions d’euros par l’Autorité de la concurrence. En cause, la mise en oeuvre par Altice et Patrick Drahi du rachat de l’opérateur au carré rouge ainsi que de Virgin Mobile, sans attendre l’aval de l’autorité.

Patrick Drahi semble vraiment avoir des pratiques quelque peu « originales ». Et qui ne plaisent pas aux autorités. Ainsi, le groupe Altice désormais propriétaire de SFR a été condamné à une amende de 80 millions d’euros pour ce que l’on pourrait appeler « des petites magouilles entre amis ».

En effet, mardi 8 novembre, l’Autorité de la concurrence prenait sa décision après avoir constaté que Patrick Drahi avait déjà mis en oeuvre le rachat de SFR et Virgin Mobile en 2014 sans avoir l’aval de l’Autorité. La présidente de l’Autorité de la concurrence déclare à nos confrères du Monde :

La sanction intervient après une opération importante qui avait structuré durablement le secteur des télécommunications et nécessité la prise d’engagements pour remédier à nos préoccupations.

Le groupe télécoms n’a même pas cherché à lutter dans cette affaire et a reconnu les faits. Mais Altice précise que ces pratiques ont été mises en oeuvre « dans un contexte juridique incertain ».

Les pratiques dénoncées ont été mises en œuvre de bonne foi et dans un contexte juridique incertain (..) Altice souhaite reprendre un dialogue constructif avec le régulateur.

La somme de 80 millions d’euros aurait pu être bien plus importante précise la président de l’Autorité de la concurrence. Elle explique que les démarches d’Altice ont été faites en même temps que le groupe a prévenu l’Autorité. Mais Altice aurait dû attendre le retour de l’Autorité pour agir. Elle déclare :

Le montant est significatif car les faits se sont déroulés sur une période de quelques mois seulement : ils ont débuté dès la notification de l’opération à l’Autorité, voire, pour certains d’entre eux, avant celle-ci.

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Le lièvre et la tortue

L’erreur d’Altice, c’est d’avoir voulu faire le lièvre. Mais comme le raconte la célèbre fable de La Fontaine, « rien ne sert de courir, il faut partir à point ». SFR, Numéricable et Virgin Mobile en ont fait les frais.

Altice a bien respecté les règles en notifiant l’opération de rachat de SFR le 5 juin 2014, deux mois après avoir signé le rachat en question. Mais selon une enquête menée par l’Autorité de la concurrence, SFR et Numéricable ont commencé à travailler ensemble sans attendre l’autorisation de l’Autorité survenue le 30 octobre 2014.

Et la président de l’Autorité estime que pendant ces quelques mois durant lesquels Numéricable et SFR ont travaillé main dans la main, l’opérateur au carré rouge « perdu son autonomie stratégique et commerciale ».

Parmi les reproches faits à Altice, on trouve par exemple le fait que le groupe accédait en temps réel à toutes les informations concernant SFR et Virgin Mobile. Par ailleurs les PDG de SFR et Numéricable se réunissaient avec leurs cadres dirigeants lors de réunions stratégiques.

Mais ce n’est pas ce qui est le plus surprenant dans cette affaire. Le plus gros reproche fait par l’Autorité de la concurrence remonte au mois de mai 2014. Six mois avant l’autorisation de l’Autorité de la concurrence, SFR et Numéricable concoctaient déjà de nouvelles offres très haut débit pour SFR « utilisant la box, les bouquests TV et le réseau de Numéricable.

Ainsi, SFR a pu lancer sa toute nouvelle box le 18 novembre 2014, soit le lendemain de la validation du rachat par l’Autorité de la concurrence. SFR a ainsi pris un tournant en arrêtant de prioriser les investissements dans la fibre optique pour se raccorder au réseau câblé de Numéricable. Si vous avez estimé à l’époque que les choses étaient allées vite, vous comprenez désormais pourquoi.

Comme un symbole, l’Autorité de la concurrence a découvert une autre intervention d’Altice dans le fonctionnement de SFR avant même le rachat de l’opérateur par le groupe. Ainsi, en juin 2014, Altice est intervenu en demandant à SFR de suspendre une offre promotionnelle sur la fibre qui devait prendre fin en août de la même année.

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Le rachat de Virgin Mobile trafiqué ?

Dernier gros point noir dans toute cette affaire, le rachat de Virgin Mobile. Au départ, SFR était en lice pour racheter le MVNO. Mais Altice s’est immiscé dans l’affaire et le PDG de SFR a communiqué le montant de l’offre à Patrick Drahi. Finalement, c’est Altice qui a racheté l’opérateur.

Par ailleurs, le nouveau Directeur Général de Virgin Mobile a été nommé et a pris ses fonctions (en octobre) bien avant la validation du rachat par Altice (le 27 novembre). Toutes ces raisons ont donc poussé l’Autorité de la concurrence à enquêter puis sanctionner. Une telle amende est un record mondial. La plus grosse sanction s’élevait à 20 millions d’euros et avait été infligée à Electrabel. La présidente de l’Autorité de la concurrence se félicite :

Dans la pratique française, nous n’avions jamais eu ce type de pratique. C’est un cas d’école. Les entreprises devront en tirer des leçons.

Malgré tout, il semblerait que le groupe Altice ait prévu le coup. Patrick Drahi était aux manettes et il semblerait que les 80 millions d’euros d’amende en aient valu la chandelle. Le temps gagné dans l’opération aurait permis à SFR et Numéricable d’y gagner bien plus.

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Réagir à cet article

  • Angelneo

    80M c’est rien… Ils avaient pas prévu plus ?

    • Insomnia

      C’est pas pour le rachat de SFR mais seulement pour les deux MVMO donc j’attends une autre amende pour la suite, M. Drahi à joué et à perdu