Loi renseignement : selon des experts « jusqu’à 600 000 personnes suspectées à tort » !

Hier après-midi, la loi renseignement a été votée à la majorité par les députés réunis à l’Assemblée Nationale. Cette loi, considérée comme liberticide pour beaucoup, passera devant le Sénat puis le Conseil Constitutionnel.

C’est évidemment un échec pour les opposants à ce projet de loi qui avaient pointé du doigt la dangerosité de certains dispositifs. Deux experts en protection de la vie privée ont expliqué les dérives de cette loi et surtout son inefficacité pour lutter contre le terrorisme. Explications.

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Daniel Le Métayer et Claude Castelluccia, tous deux directeurs de recherche à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) et spécialistes en protection de la vie privée ont accordé une interview au Monde dans laquelle ils reviennent sur la loi renseignement.

Le constat est sans appel. Comme d’autres spécialistes, ces deux experts expliquent que cette loi va mener inévitablement à des dérives et sera, en plus, inefficace contre le terrorisme. Il reviennent principalement sur les fameuses « boîtes noires » qui vont analyser les métadonnées des internautes.

Selon eux, le gouvernement a voulu rassurer la population en expliquant que les données récupérées resteraient anonymes. Or, selon Daniel Le Métayer, leur but est justement de mettre un nom sur des comportements suspects. Claude Castelluccia ajoute carrément qu’ « on ne sait pas anonymiser les métadonnées ». Voilà qui est dit.

Ils en profitent d’ailleurs pour revenir tous les deux sur le dispositif en lui même. Selon eux, le meilleur des algorithmes permettant de détecter de potentiels terroristes aurait une marge d’erreur (les « faux positif ») de 1%. Or, sur la population, cela représenterait environ 600 000 personnes suspectées alors qu’elles n’ont rien à se reprocher.

Les deux experts ajoutent par ailleurs que l’efficacité du dispositif est pour le moins douteuse. Car pour parvenir à créer un algorithme efficace, il faudrait déjà récupérer des profils types de terroristes. Or, on le sait tous, aucun profil n’existe vraiment.

Enfin, ils portent l’estocade lorsque Le Monde les interroge sur la commission indépendante chargée de veiller au respect des droits de l’Homme, baptisée La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR).

Le gouvernement s’est longtemps attardé sur cette Commission insistant sur le fait qu’un expert nommé par l’Arcep en ferait partie. Pour les deux experts de l’Inria, c’est de la poudre aux yeux.

Selon eux « les techniques et les compétences à posséder (réseaux, bases de données, statistique, cryptographie, sécurité…) sont tellement complexes et nombreuses qu’il faut toute une équipe. Une personne ne suffit pas ». Pas très rassurant tout ça, mais ce n’est pas comme si on avait été prévenus.

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