Loi renseignement : en colère, les acteurs du numérique dénoncent « un espionnage incontrôlable »

Maj. le 5 mai 2015 à 16 h 58 min

La loi renseignement est décidément au coeur de tous les débats ces derniers temps. Le gouvernement est déterminé à voter en faveur de ce projet de loi visant à renforcer la surveillance sur internet notamment afin de garantir davantage de sécurité.

Le problème, c’est que les moyens mis en oeuvre sont largement critiqués. La colère monte, et on dénonce « un espionnage incontrôlable, sans aucune garantie de résultat pour notre sécurité ». Les acteurs du numérique montent au créneau et comptent bien faire entendre leurs voix.

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« Nous, acteurs du numérique, sommes contre la surveillance généralisée d’Internet ». C’est par ces mots que le mouvement « Ni pigeons, ni espions », regroupant des acteurs du numérique français, a tenu lancé son appel à la révolte.

De grands hébergeurs comme OVH, des fournisseurs d’accès à internet, des start-up comme Capitaine Train, des médias comme Libération ou Mediapart, et même des organisations comme le Conseil national du numérique font partie des 600 signataires de l’appel à la protestation contre la loi renseignement.

Imposer aux hébergeurs français d’accepter une captation en temps réel des données de connexion (…) c’est donner aux services de renseignement français un accès et une visibilité sur toutes les données transitant sur les réseaux. (…) Cet accès illimité insinuera le doute auprès des clients des hébergeurs sur l’utilisation de ces boîtes noire et la protection de leurs données personnelles

A l’origine de ce mouvement, les hébergeurs, incluant le numéro 1 français, OVH. Pour eux, pas question de laisser faire le gouvernement. Il est hors de question de le laisser récolter des données comme bon lui semble avec ses fameuses boîtes noires.

Les hébergeurs n’hésitent pas d’ailleurs à menacer le gouvernement de délocaliser leurs activités. Une fuite du territoire déjà initiée par deux hébergeurs, Eu.org et Altern.org.

Ce dernier refuse « la boîte noire des services secrets, ferme ses services immédiatement, pour les rouvrir dans quelques jours dans un pays plus respectueux des libertés individuelles ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’hébergeur n’y va pas avec des pincettes.

Le mouvement prend de l’ampleur

Outre ces arguments économiques, les signataires dénoncent surtout des dispositifs liberticides. Il parlent d’un « espionnage incontrôlable, sans aucune garantie de résultat pour notre sécurité ».

Car en effet, malgré le renforcement de la surveillance, rien ne dit qu’elle sera plus efficace. Comme le mouvement le souligne « les personnes motivées utiliseront facilement des outils de chiffrement pour y échapper ».

Les frondeurs ne sont pour autant pas contre une loi. Ils réclament simplement des dispositifs plus efficaces et surtout plus respectueux des libertés individuelles. Le point sur lequel ils ne feront aucune concession, vous l’aurez compris, est celui des « boîtes noires ». Ils demandent purement et simplement leur retrait.

Même si le mouvement a eu du mal à démarrer, le nombre de signataires ne cesse d’augmenter, et à une vitesse folle. C’est ce que relève Tristan Nitot, membre du Conseil national du numérique qui parle de « centaines de signatures en attente de validation ». Il assure que « de nouvelles signatures arrivent tous les jours ».

Le mouvement a pris une telle ampleur que le gouvernement a fini par accepter de rencontrer les hébergeurs le 15 Avril dernier. Dans la foulée un amendement a été voté pour limiter le champ d’action des « boîtes noires » à « une détection d’une menace terroriste ». Mais pour OVH ce n’est pas suffisant et le lutte reprend de plus belle.

Pour rappel, le projet de loi doit être voté le 5 Mai prochain. Le mouvement « Ni pigeons, ni espions » promet de mener d’autres actions d’ici là. Tristan Nitot le promet : « on ne va pas en rester là ».

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