Comment les emails nous bouffent la vie

Inventé par Raymond Tomlinson, l’email fait aujourd’hui partie de notre quotidien. Sur ordinateur, tablette, smartphone, montre connectée, le courrier électronique est partout. Un véritable envahisseur qu’il convient d’apprivoiser. Car au quotidien, les emails nous bouffent la vie.

Le 5 mars dernier, le créateur de l’email, Raymond Tomlinson, nous quittait. S’il était l’inventeur d’une vraie révolution de la communication en 1971, il n’en abusait pas pour autant. Il pouvait facilement rester une journée voire un week-end sans consulter sa boîte mail. Mais aujourd’hui, peu d’utilisateurs ont la sagesse du créateur. En 2016, l’utilisateur ultraconnecté est incapable de bien gérer ses emails. Il est littéralement envahi.

Des chiffres affolants

Les chiffres sont parlants. En 2015, plus de 2 millions d’emails étaient envoyés chaque seconde soit 205 milliards sur toute l’année. L’email est passé d’outil pratique à véritable cauchemar au quotidien. Selon l’institut de statistiques Radicati, un employé reçoit en moyenne 120 messages par jour et passe 28% de son temps de travail à les traiter.

Selon Gloria Mark, de l’université de Californie à Irvine, les salariés américains ouvrent leur boîte mail toutes les 7 minutes environ. 42% d’entre eux checkent leurs mails pendant les vacances. C’est tout simplement énorme lorsque l’on sait qu’au départ l’email a été créé pour gagner du temps.

Un baromètre de l’ego

Mais finalement les utilisateurs sont accros. Car chaque email reçu contribue au gonflement de l’égo de chacun. Oui les utilisateurs ont plaisir à voir leur boîte mail pleine, ils ont la sensation que leur existence est bien remplie.

Dans un article publié dans Le Monde, on apprend que des chercheurs du Future of Work Centre de Londres ont défini cette attitude. Ils parlent d’ « email overload ». Et leur définition de la chose est pour le moins révélatrice de la structure psychologique de certains utilisateurs : l’email overload c’est « quand la perception qu’a l’usager du volume de ses messages excède la perception qu’il a de son aptitude à les traiter tous ».

En gros après avoir vu son ego gonflé par le volume important de messages l’utilisateur prend un coup de massue en se sentant submergé. Et c’est là que pour la santé mentale les choses deviennent plus compliquées.

L’email coupable numéro 1 de la déconcentration

Au quotidien, cet amas d’informations qui arrive par le biais de notifications est un vrai facteur de déconcentration. Alors que l’email était perçu comme un moyen d’être plus productif, il est aujourd’hui extrêmement chronophage. Nous sommes devenus esclaves de notre travail.

Selon les chercheurs du Future of Work Centre de Londres, un utilisateur met en moyenne 64 secondes pour reprendre le travail qu’il était en train de faire avant de recevoir une notification d’email. Ces interruptions incessantes sont non seulement néfastes pour la productivité mais également pour la gestion du stress des utilisateurs.

Imaginez un peu le parcours psychologique lors de la réception d’un email. La notification déclenche une déconcentration immédiate, on commence tout de suite à stresser car on a peur de ce que l’on va ouvrir ou alors de ce que l’on va rater.

On lit l’email et on se concentre donc sur autre chose. Une autre source de stress peut arriver selon le contenu de l’email en question. Il faut ensuite environ une minute pour reprendre le fil de ses idées. Une dernière source de stress pointe le bout de son nez : j’ai perdu du temps sur ce que je faisais, où en étais-je ? Je ne vais jamais y arriver.

Ce processus a lieu pour chaque email reçu. Imaginez un peu la capacité de concentration nécessaire pour rester productif et gérer son stress lorsque l’on sait que certains (et ce ne sont pas les pires) reçoivent plus dix emails par heure. Rien qu’en temps nécessaire pour se reconcentrer, cela fait plus d’une heure par jour de travail à chercher à reprendre ses esprits !

Reprendre le contrôle

Ces différentes sources de stress et cette baisse de productivité liée aux emails ne sont pas une fin en soi. Il est tout à fait possible de reprendre le contrôle. En commençant par se désabonner de tous ces emails promotionnels qui vous sont envoyés automatiquement pour vous pousser à la consommation par exemple. Des mails complètement inutiles pour la plupart et que vous avez certainement la flemme de traiter.

Mais pour recevoir moins d’emails, il est surtout recommandé d’en envoyer moins. Ça paraît logique mais peu suivent les quelques règles qui leur permettraient de gagner du temps et donc d’être plus détendus. On peut par exemple éviter de répondre juste pour dire « merci ». C’est inutile et sous-entendu. Vous imaginez envoyer un courrier par La Poste pour dire « merci » ?

Demandez-vous avant d’envoyer un email s’il est vraiment important. S’il est vraiment pertinent. Si un SMS ou un coup de fil ne permettraient pas d’avoir plus d’informations plus rapidement. Finalement ce n’est pas l’email en lui-même qui nous bouffe la vie, mais notre façon de l’appréhender.

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Réagir à cet article

  • C’est surtout énergivore l’envoie d’un mail. x)

  • Tony Fiant

    Petit joueur, il m’est arrivé de tourner à plus de 200 mails / jour donc…
    Le pire est le retour de congés où vous avez vos X milliers de mail dans votre boîte.
    Après en avoir discuté un jour avec un dirigeant, il m’a suggéré une méthode simple : tu vires tout sans les lire, ce qui est important, tu seras relancé.
    Entre les mails parapluie, les inutiles, les ceux qui montrent que je bosse comme un fou, on a tout le psyché humain dans les mails pros…

    • bonny

      ou alors avoir 2 adresses différente ! une pour les trucs important et une autre pour les trucs débiles

      ps: ton dirigeant  » il m’a suggéré une méthode simple : tu vires tout sans les lire, ce qui est important, tu seras relancé. »

      bah ça c’est un méthode de merde !

  • Ophi

    faut savoir faire la part des choses aussi, ce que beaucoup n’arrive pas à faire.

  • Courgito Alf

    Il y a encore des gens contents d’avoir leur boîte pleine ??
    Si on ne veut pas être envahi, il faut aussi automatiser une partie de la gestion : antispam, fréquence « raisonnable » d’alertes, éviter de cumuler les alertes du PC et celles du téléphone…
    Et éviter de distribuer son adresse mail n’importe où.

  • Zizigoulou

     » 2 millions d’emails étaient envoyés chaque seconde soit 205 milliards sur toute l’année ».
    Il va sérieusement falloir se mettre aux maths.