Bbox Miami : Android est-il une menace pour les box françaises

Maj. le 12 mars 2018 à 9 h 53 min

Disponible d’ici quelques jours, la Bbox Miami de Bouygues sera la première box française à flirter ouvertement avec Android. S’il y a déjà eu quelques timides essais par le passé (SFR, fin 2013), ici, l’aventure passe à la vitesse supérieure. De quoi s’interroger sur les ambitions des F.A.I. français et de la firme au petit droïde vert. Android, bienfait ou danger ? Impossible d’y répondre sans passer au crible la situation actuelle.

Bbox Miami, la box qui a tout compris ?

De tous les opérateurs français, Bouygues est donc le premier qui décide de s’engager franchement dans la box sous Android. SFR s’y était risqué il y a quelques temps mais l’opération n’avait pas donné satisfaction, peinant à convaincre les foules. C’est dire combien la force de frappe de la Bbox Miami sera doublement observée. Mais une première différence s’impose, Bouygues met le paquet pour promouvoir sa nouvelle intiative.

Interface exclusive, événements presse et fuites savamment orchestrées, depuis plusieurs mois, Bouygues soigne la couverture de son nouveau bébé. L’enjeu est en effet d’importance. Pour la quasi-première fois, un opérateur national confie le coeur de son « modem-routeur » à un tiers, là où le modèle majoritaire était plutôt de développer son propre système d’exploitation en interne. Couillu.

Citons la concurrence, Free s’est largement installé dans les esprits via les différentes versions de sa Freebox et semblait mener la barque de la course à l’innovation. Sa prochaine box prévue pour cette année devrait garder les grandes lignes qui ont forgées son succès. Une méthode similaire est en place chez Orange qui compte sur ses ingénieurs maison pour améliorer sa Livebox. Mais ce modèle économique est-il encore tenable ?

Android voit tout, Android est partout

A l’heure où Android propulse environ 80% des smartphones de la planète selon les sources, soit une omniprésence incontestable, est-il encore possible de se passer de l’écosystème Android ? Bouygues fait indéniablement le pari que l’avenir passera par Bugdroid (nom donné à la mascotte de l’O.S.).

En agissant ainsi, soit l’opérateur commet la première erreur stratégique de l’année, soit il s’apprête à décrocher le pompon de la meilleure vision économique du marché en ce début d’année 2015, en prenant de cours tous ses concurrents.

Il y a au moins une belle opération déjà acquise pour le F.A.I., c’est au niveau de la gestion de ses coûts. En se concentrant sur l’interface utilisateur tout en laissant le coeur du système à un tiers, difficile de nier les économies obtenues, surtout que les différentes API de développement sont déjà connues des développeurs, d’où un autre levier d’économie sur la publicité à faire à son système « révolutionnaire ».

Le Google Play Store, une arme de démocratisation massive

Ce n’est plus un secret pour personne, difficile de nier l’importance de Android et de son catalogue d’applications, le Play Store. Grâce à lui, c’est tout un écosystème qui gravite et qui se décline sur les smartphones, les tablettes, les montres (Android Wear), les thermostats (Nest) et même demain les voitures avec Android Auto.

Or il est plus facile de promouvoir une Box avec un catalogue déjà installé. Quand on multiplie les système propriétaires (Livebox, Freebox …), ça demande d’autant plus de travail pour d’éventuels développeurs qui souhaiteraient publier leurs travaux sur un tel matériel. Précédemment, seuls les services web permettaient d’ajouter des « applications ». Les choses changent en mieux !

L’uniformisation permet d’avancer sur une base commune avec comme seule consigne de penser à la configuration finale et d’adapter les spécificités de son application en rapport à la puissance allouée. Bien plus flexible et confortable.

Les données personnelles, un trésor à partager entre Google et les F.A.I.

Mais se reposer sur l’architecture d’un tiers présente aussi des désavantages. Toutes les informations remplies par le consommateur ne tombent plus uniquement dans l’escarcelle du constructeur/ingénieur de la box mais sont à partager avec la plate-forme qui équipe les box en question. CQFD.

En ayant conçu sa Bbox Miami comme une box Android, de nombreuses données utilisateurs sont forcément, à bas-niveau, récupérée par l’hydre Google. Soit les avantages et les inconvénients pour un F.A.I. qui voit là tout de même lui échapper une partie de son trésor de guerre.

Faut-il y voir là un mal nécessaire afin de proposer toujours mieux en terme de box, sans sacrifier trop de coût de développement ainsi qu’un temps précieux de conception ? Le curseur se situe probablement à mi-chemin de ces quelques réflexions pour Bouygues.

Doit-on avoir peur d’un éventuel mariage entre Android et les box françaises ?

La question qui semble s’imposer d’elle même concerne le pouvoir encore accordé aux F.A.I. En entamant cette alliance logique avec Android, Bouygues casse aussi une partie du rapport qui le lier aux consommateurs. La méthode présente des avantages, économies dans la conception, écosystème déjà en place, mais pourrait se révéler néfaste pour l’opérateur.

En perdant la maîtrise de sa fondamentale box, un opérateur court ainsi le risque de ne plus être qu’un prestataire lui-même, soit celui qui fournit Internet aux consommateurs finaux sans avoir une gestion du parc complète d’un bout à l’autre de la chaîne. Les choses sont certes à relativiser, Bouygues a ainsi personnalisé son système et soumis plusieurs petites améliorations à Google (qui doit approuver chaque modification liée au système Android), comme vous allez le découvrir ce mois-ci.

Pour le consommateur, il ne faut pas s’attendre à de grands changements. Ses usages serviront d’une façon ou d’une autre à Google ainsi qu’à Bouygues en proposant probablement de la publicité mieux ciblée ou des programmes en V.O.D. plus à même de plaire. Pour les opérateurs, une telle mutation vers Android représente peut-être le mal nécessaire pour rester dans la course à l’innovation.

En ce sens, nous observerons avec attention les manoeuvres de Numericable-SFR, Orange et Free qui n’ont pas encore officiellement adopté le virage vers Android. La partie continue …

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